Home

Acte I : je me réveille.

Il est encore tôt ce matin-là. Ma belle me dit, « tiens, lis ça, ça va te faire râler ». « L’homme ne cuisine pas, il crée », c’est le titre du billet de Laurent Sagalovitsch dans son blog sur Slate.fr. Bon. Pourquoi pas. J’ai moi-même fais l’apologie de nos capacités créatrices en matière de cuisine, à nous les hommes. Et c’est aussi le postulat de ce billet.

Peu importe la recette sur laquelle il aura jeté son dévolu – spaghetti bolognaises,  blanquette de veau, tarte au citron – il demeure persuadé qu’il va révolutionner à tout jamais la confection de ce plat ancestral qui désormais prendra la dénomination de son auguste créateur.

C’est pas faux. Pourquoi le nier ? Au-delà du plaisir que l’acte de cuisiner me procure, j’éprouve une certaine fierté à exécuter un plat à ma sauce et à satisfaire les amis qui partagent notre table. Cuisiner, c’est comme offrir un cadeau, ce n’est pas un acte totalement gratuit. Sauf que…

Acte II : je m’indigne.

Sauf que Laurent Sagalovitsch insiste sur deux points en usant du second degré, dont apparemment il a le secret :

1 – L’homme en cuisine se veut forcément créatif contrairement aux femmes reléguées à la tristesse du quotidien

Le monde entier se gausse à l’idée de le voir jongler avec des casseroles, mais l’homme ne renonce pas pour autant : il a le goût des défis, il a en trouvé un à sa mesure, il va le relever et prouver à son entourage que même là, dans ce simple exercice visant à marier des aliments entre eux, il possède cette touche de génie qui le différencie à tout jamais de la gent féminine.

2 – Parce qu’il est créatif, l’homme est forcément bordélique

Les casseroles gisent éventrées dans l’évier, des couteaux se suicident au cou de fourchettes décimées par une attaque terroriste de grande ampleur, les murs sont défigurés atteints par les éclaboussures d’une sauce en éruption, la cuisinière baigne dans une mare d’on-ne-sait-quoi au juste, le parquet a été baptisé de traces dont on peine à saisir l’origine exacte, la table de travail a disparu sous un amoncellement d’objets hétéroclites allant du dé à coudre à la bouilloire de Belle-maman ; tout n’est plus que ruines, chaos, désolation.

Il évite ainsi par un tour de passe-passe un machisme très premier degré et surtout, cela permet à la ménagère une délicieuse vengeance : « Tu vois chéri, tous les hommes sont comme toi, tu te veux créatif mais tu fous le bordel dans ma cuisine » et de finir par un consensus source de paix dans les chaumières : « Tu es mignon, tu as fait le malin devant tes potes mais maintenant laisse-moi faire » ou pire « Ouais mon mec m’a fait à manger, c’était délicieux mais quel bazar dans MA cuisine. Heureusement qu’il ne fait pas ça tous les jours ».

Au final, tout le monde est content. Le mec a fait sa BA. Il se vantera lors du prochain dîner entre amis en sachant secrètement qu’il ne foutra pas les pieds dans la cuisine de si tôt. Non pas qu’il n’en ait pas envie mais parce qu’elle ne le laissera plus faire. Donc il a un argument de force lors de la prochaine dispute « répartition des tâches ménagères » : « Je veux bien t’aider mais tu ne me laisses jamais rien faire ». Quant à Madame, elle sera ravie de dire à ses copines que son homme est moderne et plein d’attention en sachant secrètement que la cuisine c’est son territoire et qu’elle ne laissera plus jamais personne y mettre le bazar.

En fait, le deuxième degré employé par Laurent Sagalovitsch, me fait l’effet d’un épisode d‘Un gars, Une fille : Chouchou et Loulou nous font rire en mettant en exergue les défauts sexués des uns et des autres. On se gratte les couilles en buvant de la bière pendant que la petite nana revient hystérique d’une session shopping avec les copines. « Ah tu vois ils sont comme nous ! » Alors pourquoi changer effectivement vu que tout le monde est pareil et qu’en plus ça fait rire en société.

Acte III : je réfléchis.

Ouais je réfléchis parce que ça ne me fait pas rire. Je regarde la présentation de l’auteur que je ne connais pas et je constate qu’il assume le fait d’énerver et de provoquer, qu’il en fait même son fond de commerce et qu’après tout si on est assez con pour ne pas voir le second, voire le troisième degré, ça le rend heureux.

Sauf que de troisième degré je n’en vois point et je ne décèle que la douce ironie de l’homme créatif mais bordélique qui fera rire la blogueuse food lambda.

Je repense alors à mon ami Adama qui me disait un jour : « Un homme qui ne cuisine pas, ce n’est pas un homme ». Et c’est très vrai : partant du principe qu’il y a de plus en plus de célibataire, un homme n’est pas toujours accompagné d’une femme. Donc si je suis un peu le raisonnement socialement accepté : un homme seul sera créatif une fois par an en foutant le bordel, et le reste du temps il n’aurait pas d’autres choix que de se laisser mourir de faim, d’aller vivre chez sa mère ou d’enchaîner les McDo et les Kebabs. Dans tous les cas, vous conviendrez que la survie de l’espèce est largement menacée.

Donc mesdames, petit rappel : il arrive, quotidiennement, que nous, les hommes, nous cuisinons. Que nous fassions un plat de pâtes avec une sauce pesto, quelques tomates et une salade verte, parce que comme vous, nous avons autre choses à faire et qu’on ne veut pas y passer trois plombes. Que ce plat soit même joli et mérite une photo sur instagram parce que l’important c’est la couleur. Que de temps en temps vous vous surpreniez même à vouloir piquer votre fourchette dedans. Qu’on nous vous attend pas forcément pour faire chauffer l’eau et pire, il nous arrive de faire la vaisselle et de ranger notre bordel. Tous les jours. Si ce n’est pas le cas de votre mec et que le fait de le voir sur son canap’ la main dans le froc en attendant la popote et la bobone, ça vous fait rire pour ensuite aller vous plaindre au Syndicat des femmes libérées, pardonnez-moi, mais vous êtes la dernière des imbéciles.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s