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Chaque année, c’est la même chose.

Les fraises font leur retour poco a poco dans vos marchés et dans vos supermarchés et chaque année, on te rappelle à coup de documentaires et articles chocs qu’il ne faut pas acheter les fraises d’Espagne, ni celle du Maroc, parce que ça ne sert à rien de consommer des produits plein de pesticides qui ont parcouru 2000 km alors qu’on a les mêmes à la maison.

Et tu sais quoi, je vais en remettre une couche dans ce billet. Je vais te culpabiliser à mort, je vais t’insulter tout en sachant que ça ne servira à rien, que ça te fera réfléchir 2min30 si tu as la chance de me lire et que tu vas te précipiter sur la première barquette from Palos de la Frontera dès que l’envie te prendra en janvier 2016.

Parce que tu es comme ça, nous sommes tous comme ça : indignation sélective, mémoire courte et donneurs de leçons.

Et tu vas finir ce billet en te disant que c’est un discours de bobo nanti, qu’il faut avoir les moyens de se payer le « Made in France » et qu’après tout, on a qu’une vie, il faut se faire plaisir, on ne va pas se laisser emmerder par les écolos du Marais qui ne connaissent pas la vraie vie des agriculteurs, qu’après tout si ils embauchent des équatoriens pour ramasser nos asperges c’est parce qu’ils étouffent sous les charges, c’est parce que nos chômeurs sont des gros fainéants qui ne veulent pas se fatiguer à faire un travail trop dur et tu seras tellement fier de ce trait d’esprit en rotant tes fraises à la chantilly lors du repas dominical.

Pourquoi je mets en colère ? Parce que j’ai vu les fraises de Huelva.

J’ai vu les champs de plastique qui rogne sur le parc naturel de Donana, le Delta du Guadalquivir. J’ai vu les hommes et les femmes ramasser tes putains de fraises. Je les ai vu errer sur les routes entre les raffineries de pétrole juste à côté. J’ai vu leur campement de fortune dans les forêts avoisinantes. J’ai vu les femmes, après avoir passé 10h sous les bâches, sous une chaleur avoisinant les 40 degrés, se faire cueillir dans les voitures des agriculteurs locaux pour une petite pipe avant qu’ils n’aillent faire leur pélerinage, en bon chrétien, au village d’El Rocio. J’ai vu le regard de ce Sénégalais qui ne savait même plus pourquoi il avait quitté son pays, qui ne savait plus pourquoi il était là et comment il pouvait en sortir. J’ai vu l’enfer et pas dans le Tiers-Monde, là en Espagne, à 2h de Paris.

Ça ne vaut rien pour toi. Ce n’est qu’un témoignage, d’un blogger énervé qui plus est.

Et puis ça concerne des Sénégalais, des Marocains ou des Roumains, alors bon… que valent les vies de 147 étudiants Kényans comparées à une dizaine de dessinateurs bien français, après tout. C’est ça ? Je ne t’en veux pas. Je n’ai pas réagi moi non plus. Il faudrait que je te dise alors que ces fraises sont bourrées de pesticides et que tu empoisonnes tes enfants pour un caprice. Là peut-être… et encore. On te l’a déjà répété des dizaines de fois et ça n’imprime toujours pas.

J’espère juste que tu comprends pourquoi, quand je vois Mohammed, Georgette ou Edouard Leclerc, hurler à la cantonade que leurs fraises sont à 1 euro ce dimanche, j’ai juste envie de les éclater. J’ai envie de foutre en l’air leur boutique de pacotille, de leur faire bouffer leurs fraises une par une jusqu’à ce qu’ils me supplient d’arrêter, jusqu’à ce qu’ils comprennent que leur petit profit de petit épicier me fout une gerbe sans nom, une rage inouïe. Parce qu’ils ont le choix. Tu as le choix. On a toujours le choix, c’est le seul avantage du libre marché.

Alors on fait quoi ? On n’achète pas !

C’est quand même pas compliqué ? Pour une fois qu’une action humanitaire se résume à ne pas faire, à ne pas agir, à passer son chemin : est-ce si compliqué pour toi ?

Nous allons d’abord évacuer toute critique préalable : je suis au chômage, lorsque je fais mes courses, je compte, je compare, j’y passe des heures pour essayer de faire la moindre économie parce que je n’ai pas le choix. Alors quand j’ai envie de fraises et que j’ai le choix entre celles d’Espagne et celle de Marmande mais que celles de Marmande sont deux fois plus chères et bien je m’abstiens et j’attends que ce soit vraiment la saison et que le prix baisse. Et peut-être que vous avez la chance d’avoir un boulot et de ne pas avoir le temps de le perdre au supermarché à regarder les étiquettes et c’est tant mieux mais si tu as un effort à faire, un seul, c’est accepter de payer ta barquette de Gariguettes du Lot-et-Garonne 3,50 euros plutôt que celle de Palos à 2 euros. Ben ouais mon gars, la fraise c’est fragile, ça se ramasse à la main, ça se mérite dans ton assiette et ça vaut bien 1,50 euros de plus.

Et si même ça c’est trop compliqué à comprendre pour toi, tu mériterais que je t’éclate comme Mohammed, Georgette ou Edouard Leclerc. Parce qu’il arrive un moment où l’excuse du « j’étais pas au courant » ou le « on ne nous dit pas tout » ou encore « mais j’ai vraiment envie de fraises » ça ne passe plus. Plus chez moi en tout cas. Je déteste les caprices.

Et tiens si tu as le temps, voici un peu de lecture, au moins ce soir, tu te coucheras moins con :

Je continue ?

 

Photo à la Une : Aurore du blog Wasted Hours : http://wasted-hours.fr/foodporn-21-tartelette-a-la-rhubarbe-et-aux-fraises/

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