Home

Sur Facebook, j’ai lancé un défi à celles et ceux qui suivent Ya Está et mes dîners imaginaires. Je leur ai demandé de me suggérer des personnes avec qui ils souhaiteraient dîner. Pour ces dîners, j’ai choisi de ne plus être seul avec mon invité mais de convier également la personne qui m’a suggéré mon nouvel hôte. Envie de vous prêter au jeu ? Laissez un commentaire 😉

– Bon sang, sorcière ! Qu’est-ce que tu me demandes de faire ! Benjamin CAS-TAL-DI. Le mec qui a présenté le Loft. Le mec des blagues relous de la Nouvelle Star. Le futur vieux beau de la corniche de Marseille. Le minet à cagolle-cougard, les cougolles ou les cagards, comme tu préfères.

– Fais pas le rabat-joie ! Tu regardes D8 autant que moi. Pire ! Tu votes via Twitter pour la Nouvelle Star. J’ai des preuves.

Voilà. Caroline. Caro. Sorcière.

Vous êtes très vite pris au piège de ce sourire insolent. Elle est assise sur le canapé noir, jambes croisées. Elle boit un coca light parce qu’elle ne boit pas d’alcool. Elle aime avoir toute sa tête pour ensorceler ses interlocuteurs même si je pense qu’avec notre invité, elle n’aura pas trop de mal à s’en sortir même sous l’emprise d’un peu de MDMA.

Je me suis donné du mal pour ce dîner.

Je voulais qu’elle se rende compte de l’étendue de mes pouvoirs de sorcier derrière les fourneaux. Lui montrer qu’elle ne me fait pas peur malgré son regard moqueur. Alors je lui ai préparé une de mes spécialités secrètes. C’est un sorcier japonais qui m’a initié. J’étais alors étudiant à Grenade et le jeune homme payait ses cours de guitare flamenco en allant cuisiner des plats japonais de puta madre chez des particuliers. Et voilà qu’il nous sert du porc à l’anis. Une viande fondante comme jamais plus je n’en ai mangée et une explosion anisée en fin de bouche. Incroyable. Sorcier.

Je tente le coup avec un beau morceau de filet mignon (solomillo pour les intimes), du Pastis parce que j’ai passé le week-end à Marseille avec la belle, un peu de miel, le tout en cuisson lente à basse température. Alors que j’arrose la bête dans sa magnifique cocotte Staub parfaitement assortie avec la cuisine du Love Appart, je sens la présence de Caro au-dessus de mon épaule.

– Quand est-ce qu’on mange ?

– Ben on attend pas Benjamin ?

– On s’en fout pas un peu de Benjamin ?

– Mais c’est un peu tout l’objet de ce dîner, à ta demande je te rappelle.

– Moui…

Elle se tortille en faisant les 100 pas dans l’appartement en adoptant une moue boudeuse.

Elle fait l’enfant. La sorcière fait sa fée clochette. En fait c’est la Fée Clochette. Pas la princesse incarnée par Julia Roberts dans Hook, je parle de la vraie, la jolie, l’espiègle, celle de Loisel. Je n’ai jamais osé lui dire parce que je crains toujours de pas être le premier. Et ça m’agace.

– Bon ok, t’as gagné. Installe toi, j’amène le plat.

Je saisis la grosse cocotte avec une manique à chaque main. Au moment ou je me retourne pour entamer ma marche gastro-nuptiale, stupeur ! Benjamin est assis à côté de Caro. Il a l’air un peu désarçonné. Il porte son costume mal taillé du jeudi soir, celui du plateau de la nouvelle star. Caro s’occupe de lui enlever la poussière des épaulettes de sa veste et les quelques brindilles perdues dans ses cheveux. Elle me regarde avec un grand, très grand sourire satisfait.

– T’as vu ? Il est là. Ton porc l’a fait venir.

– Je ne suis pas sûr que ce soit mon porc qui l’ait fait venir. Bonsoir Benjamin. Je vous présente Caroline, Caro, ça vous aidera pour les jeux de mot foireux. Caro est…

– Une sorcière !

– Merci Caro. Une sorcière admiratrice, j’ai appris ça il y a quelques jours alors que nous commentions en toute bienveillance et en direct votre émission du moment, La Nouvelle Star.

– Une émission qui je l’espère, ne me laissera pas sur le carreau…

Ok, ça commence. Je suis extrêmement mal à l’aise.

J’ai toujours eu beaucoup de pitié pour celles et ceux qui font des blagues qui tombent complètement à plat. D’abord parce que moi aussi j’ai un humour de merde, ensuite parce que je sais qu’ils savent. Je sais qu’ils savent qu’ils provoquent ce malaise et qu’ils font tout pour remonter la pente ce qui a toujours l’effet inverse : ils creusent leur trou, très très profond. Et malgré les sourires de Caro, Benjamin sera bientôt, six feet under (je vous avais prévenu).

Benjamin a ce sourire crispé qu’on lui connait bien à la télévision. On ne sait pas si ce sourire est dessiné par la finesse naturelle de ses lèvres ou si il est le résultat d’une crispation, la pression inconsciente du père. Il est légèrement courbé, ses mains entre ses jambes tel le gendre idéal. Ses petits yeux se plissent. Il fait diversion en prenant son air de gamin éternel, celui qui semble toujours être au bord des larmes et que l’on a envie de consoler. Et le pire c’est que Caro excelle dans cet exercice.

– Et si on goûtait ce porc à l’anis, ce Vieux-Port de Marseille ?

– Un porc qui nous emmènera de Marseille Anis.

– 20h10 c’est l’heure du porc au pastis !

Je suis un peu atterré et les observe silencieusement dans ce concours du jeu de mots le plus pourri.

Caro rigole de ce rire reconnaissable entre tous en mimant des petits applaudissements de princesse. Benjamin semble se détendre. Il prend de l’assurance. Il ne s’en rend pas compte mais Caro lui a déjà enlevé sa cravate. Il ne se doute pas de ce qu’il va lui arriver.

– Mon Benji ! Dernière étape pour te sortir le balai que tu as dans le cul : on va l’enfourcher et s’envoler dans le ciel de Bordeaux. Tonio ouvre-moi la fenêtre !

– Tu veux dire qu’on va s’envoler sous les jupes de Juppé ?

– Oui, oui, oui ! Enfin plutôt toi tout seul si tu veux tout savoir.

Et avant même qu’il ait eu le temps de se rendre compte de quoi que ce soit, Benjamin Castaldi se retrouve propulsé dans le ciel étoilé du Port de la Lune à la vitesse d’une balle de Quidditch. Il se désintègrera quelques kilomètres plus en altitude dans l’atmosphère.

– Tu n’as pas traîné dis moi !

– Tu croyais quoi ? Que j’allais lui faire la leçon ? Que j’allais lui expliquer ma colère de voir des crétins comme lui sur nos écrans depuis plus de 15 ans alors qu’à l’autre bout du monde, à cause d’un autre jeu crétin, des sportifs de haut niveau disparaissent dans un accident aussi bête que tragique.

– Je te comprends. J’espère que la poussière de Castaldi là-haut dans l’atmosphère ne donnera pas des ailes à d’autres futurs professionnels de la télé-réalité ou tout du moins, à d’autres amateurs de jeu de mots imbéciles.

– Pauvre chou. T’es chiant quand t’es moraliste. Racontes moi plutôt ce que tu lis en ce moment.

Et parce que Caro ne boit pas d’alcool, exceptionnellement je m’aligne sur les goûts de mes invités, je sors le pisse-mémé et nous nous lançons dans le récit de nos amours littéraires comparés.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s