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Sur Facebook, j’ai lancé un défi à celles et ceux qui suivent Ya Está et mes dîners imaginaires. Je leur ai demandé de me suggérer des personnes avec qui ils souhaiteraient dîner. Pour ces dîners, j’ai choisi de ne plus être seul avec mon invité mais de convier également la personne qui m’a suggéré mon nouvel hôte. Envie de vous prêter au jeu ? Laissez un commentaire 😉

Nicolas m’a demandé de dîner avec Jim Morrison.

Et je ne sais plus trop comment c’est arrivé mais lors d’un délire dont je vous passerai les détails, je lui ai promis un dîner avec son idole sur le Titanic. Pour tout vous avouer, j’ai bien cru que j’allais annuler ce dîner et ce pour deux raisons. La première c’est que je connais extrêmement mal les Doors et Jim Morrison. A part une tombe au Père Lachaise souillée de fluides corporels en tout genre et deux ou trois chansons, je ne savais pas trop quoi en dire. Je sais, c’est une honte, mais mes parents ont préféré Francis Cabrel, Sting, Supertramp et les Pink Floyd dans la voiture familiale. Jim est passé à la trappe avant de seulement effleurer mes oreilles lors de quelques soirées étudiantes fumeuses et parfaitement oubliables et oubliées.

La deuxième raison est que Nicolas est écrivain et qu’il est en fauteuil roulant.

Et vous allez sûrement trouver que c’est au pire indécent, au mieux de la délicatesse mal placée mais inviter un écrivain en fauteuil roulant sur le Titanic, je trouve ça complètement incongru et comme je suis superstitieux et amateur de Tarots de Marseille, j’aurais pris toute cette mascarade comme la chronique d’un naufrage annoncé. Ce que je ne souhaite ni pour lui, ni pour moi, quant à Jim Morrison, c’est trop tard.

Et ce n’est pas tout ! Nicolas a un totem : l’Albatros.

C’est d’ailleurs le nom de son blog que je vous invite à découvrir au passage. Vous imaginez la nouvelle salve de délires métaphoriques ? Nicolas l’Albatros, « gauche et veule » (ben ouais connard, il est en fauteuil), qui se pose sur le pont du Titanic et qui se déleste d’un guano immonde sur l’emblème de l’arrogance industrielle condamnée à l’iceberg ou à la romance en carton. « Le roi de l’azur », « le prince des nuées », « l’infirme qui volait »… blablabla. Oui blablabla parce que ça m’énerve, c’est trop facile. Nico, écrivain fragile sur sa chaise, conspué par la foule des imbéciles qui ne savent pas encore qu’ils vont tous se noyer alors que lui, il sait voler. « Non ce n’est pas ça » comme dirait l’autre, la Mouette. C’est plus que ça.

Voilà un petit peu mon état d’agacement et de prostration face au manque total d’inspiration dans lequel me laissait cette situation imaginaire que je me devais pourtant de créer quand, en bon chômeur que je suis dans vos esprits stigmatisants, je décide de me vautrer sur le canapé noir, mon casque sur les oreilles et Jim Morisson en boucle mais pas n’importe lequel. Une sorcière aux cheveux noirs et dénommée Morgane m’a parlé un jour du mystérieux Mojo Risin de la chanson LA Woman. Je vous demanderais, pour la suite de la lecture, d’écouter cette chanson.

Je suis donc vautré et m’endors à la vitesse de l’éclair en plein après-midi pluvieux.

Dans un état de demi sommeil étrange, bercé par des violons lancinants, me voilà sur les quais de ma bien aimée Bordeaux. Le brouillard est épais. Nico m’attend. Nous allons embarquer sur un bateau, pas le Titanic, je vous ai déjà expliqué pourquoi, mais plutôt une sorte de gondole géante parce que je voulais emmener Nico, cinéphile, dans un Bordeaux casanovien et fellinien. Cette gondole est suffisamment grande pour qu’il y ait une table, et dessus, selon mes souhaits, deux verres de vin blanc, un plateau de fruits de mer, ma fameuse tortilla et un chorizo de bellota. Nous prenons place et aussi rapidement que le peut une gondole à contre-courant, nous nous éloignons de la berge et nous dirigeons vers le Pont de pierre (en brique).

A ma grande surprise, notre gondolier s’appelle Jim.

Il est grand, fin et a de longs cheveux noirs de hippie. Ouais c’est Jim qui pousse de longs « Miiiiisterr Moooojoooo Riiiisiiiinnn ». Portée par cette délicatesse mélancolique, nous dissertons sur les derniers films que nous avons vus, les derniers livres que nous avons lus. C’est un moment particulièrement délicieux.

Sauf que emporté par son verbe (et ma tortilla), Nico ne peut s’empêcher de déployer « ses ailes de géant » et de manquer de tous nous faire chavirer dans les eaux boueuses de la Garonne. Nico se lance alors dans des excuses interminables et un numéro d’auto-flagellation qui soudain, parce que le rêve le permet, me mettent hors de moi.

– Merde ! Tu vas pas non plus t’excuser d’être là alors que c’est moi qui t’ai invité !

Au moment où je me rends compte que j’ai élevé la voix, Jim change de disque et évidemment entame un « This is the end, my only friend ». Et je frémis. D’autant que nous approchant du pont et je sais que lorsque nous passerons sous ses voûtes, mon rêve sera fini. Je n’ai plus beaucoup de temps pour lui dire ce que j’ai à lui dire.

– Tu vois c’est toujours pareil ! On ne se sera pas dit la moitié de ce que nous avions à nous dire qu’il faut déjà que l’on parte. Je ne sais pas où d’ailleurs. Alors pour une fois c’est moi qui vais m’excuser. Et dépêche toi d’arriver ici, à Bordeaux. Avec la belle, nous avons des manuscrits à nous faire lire tous les trois, nous avons des textes à travailler, des choses à leur dire à tous, et une bouteille de whisky à partager. Et le temps presse. Et putain, Jim ta gueule ! Tu me fous un cafard qui…

Mojo Risin.

Mister Mojo Risin. 

Je sors de mon brouillard onirique. Le canapé noir m’a à moitié avalé. La nuit est tombée. Je me sers un verre de Whisky en maudissant le dealer de Jim Morrison. A très bientôt Nico.

Nicolas Houguet est écrivain. Je n’ai lu qu’un seul de ses livres, Redemption Songs et autres nouvelles que je vous recommande. Sinon vous pouvez le lire et suivre son actualité sur son blog : l’Albatros. 

 

Photo à la Une : Jim Morrison par Juan Osborne

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2 réflexions sur “Mon dîner avec… Jim Morrison et Nicolas Houguet

  1. Personnellement je n’aurais pas pu manger avec lui. Bêtement, je me serais laissé emmener par sa voix et fondue dans ses yeux de bellâtre je n’aurais pas vu mes plats refroidir les uns après les autres. Alala, on ne se refait pas

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