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Sur Facebook, j’ai lancé un défi à celles et ceux qui suivent Ya Está et mes dîners imaginaires. Je leur ai demandé de me suggérer des personnes avec qui ils souhaiteraient dîner. Pour ces dîners, j’ai choisi de ne plus être seul avec mon invité mais de convier également la personne qui m’a suggéré mon nouvel hôte. Envie de vous prêter au jeu ? Laissez un commentaire 😉

– Putain mec mais je te dis que c’est lui. C’est Manoukial qui chante là !

Pierre-Emmanuel, que l’on surnomme P-E, et moi-même sommes assis sur deux des chaises rouges de l’émission The Voice.

Nous tournons le dos à l’artiste qui se produit actuellement sur la scène de mon appartement bordelais. Oui parce qu’à Bordeaux, tu as assez de place dans ton appartement pour recréer le plateau de The Voice.

– Mais camarade, pourquoi veux-tu que Dédé vienne dans une pseudo adaptation provinciale de l’émission concurrente de la sienne. (Nouvelle Star sur D8, pour les plus déconnectés d’entre vous)

– Parce que Manoukial, il a besoin de laisser s’exprimer l’artiste qui est en lui. Mais écoute ça Vétalus !

Oui, Vétalus. Je ne sais pas si ce sont des restes de sa bonne éducation en latin renforcée ou si c’est un délire fichtrement bien foutu : cette manie de réaménagement le nom de famille par un suffixe qui sonne bien… Manoukian devient ainsi Manoukial, Veteau, Vétalus… etc. Ça a le don de me faire éclater de rire à chaque fois.

Notre candidat joue du piano. Il ne chante pas vraiment. Il pose son texte sur ses notes.

Il est aérien, métaphorique. P-E a la main au-dessus du buzzer qui permettra à son siège de se retourner face à l’artiste et montrer son approbation suite à la prestation de ce dernier. Il est fébrile, sa main tremble et sa cigarette électronique est en surchauffe : qu’attend-il pour donner son assentiment à ce candidat qui n’est plus tout à fait un mystère ?

– Il faut que je me retourne mon Vétal, il faut que je sache si c’est bien lui.

– Mais c’est forcément lui ! Le mec te parle de petites culottes et d’ondes celtes qui traversent le temps. Non cherche pas c’est Dédé.

Et je buzze. La performance d’André n’est pas folle pour tout vous dire mais depuis que j’ai entendu la belle chanter, je vous avoue que j’ai du mal à être émerveillé à nouveau. Si je me retourne c’est parce que je l’aime bien André et que j’ai envie de l’encourager.

Et franchement, ce soir avec son look de cagole cosmique, je risque de ne pas être déçu.

P-E hésite encore. Je buzze pour lui parce que je n’ai pas envie de me payer Manoukian en solo. Et en tant qu’hôte, je démarre les hostilités.

– Bonsoir. Je ne vous demande pas comment vous vous appelez. Malgré votre perruque blonde, tout le monde vous a reconnu. Je ne vous rappelle pas les règles bien que ce soit un peu différent de ce que vous connaissez : The Voice et Tortillas, l’émission où tu chantes avec une patate dans la bouche. Mais comme mon ami Beigbeder, vous êtes un homme fin André. Prenez plutôt une tranche de ce bellota et laissez parler les cochons sauvages qui mangent les glands dans les prairies verdoyantes du printemps andalou. P-E se chargera de la critique musicale. A toi camarade, je vais chercher de quoi boire.

-…

– Camarade ?

P-E tire longuement sa cigarette électronique et dégage une fumée épaisse digne d’Alice au Pays des Merveilles. D’ailleurs c’est son petit chat qui est assis sur l’accoudoir de son siège.

– Quand j’étais petit, j’avais un vélo et le jour où j’ai posé une rustine pour la première fois, j’ai eu l’impression que la chambre à air était pleine du souffle divin et c’est exactement ce qui s’est passé en fait, juste là.

Je suis un peu arrêté par ce commentaire. Le regard de P-E a changé. Il est perçant.

Pas comme son chat mais tant pis pour le chat. Et le regard de Dédé aussi a changé. Il s’illumine. Et P-E de continuer :

– Ce que ça fait du bien d’entendre ça franchement ! Vous semez, jardinier zen des amours mélodiques, des graines et tout d’un coup, se met à sortir de terre un acid trip qui sent le napalm au coeur d’Hanoï avec mon Vétalus en robe de chérubin.

–  Oh vous savez c’est peut-être du à ma perruque blonde. À un moment dans la vie de la pensée, on est confronté à une sorte de carrefour qui rappelle un peu le délire esthétique d’Aristote à propos des 4 Causes de l’oeuvre d’art. Je me sentais comme un goûter d’anniversaire avec distribution de macarons au LSD.

– C’est tout à fait ça ! Ce que vous avez fait ce soir, c’était une partie de jokari tripoteur qui a tourné court, avec des nuages sonores qui caressent le lobe de nos oreilles duveteuses. On attendait Mary Poppins et c’est Salammbô véritable démon de Carthage qui a dansé comme un scorpion sur nos pieds parfumés et on aurait dit que la Joconde emmoustachée roulait une pelle cosmique à Marcel Duchamp pour le remercier de sa déclaration d’amour.

Je pense que c’est à ce moment là que j’ai décroché, je veux dire, que j’ai cessé de comprendre le sens de leurs phrases. Je sirotais mon verre de Priorat, décidément mon préféré parmi la constellation des vins ibériques, en philosophant intérieurement sur le sens de la noisette dans le jambon. Et je me laissais bercer par la mélodie de leurs mots, heureux de voir toute la fantaisie poétique de P-E mise à jour par l’aura de Dédé Manoukial. C’est comme si le maître avait rencontré son élève mais qu’on ne saurait plus qui est Obi-Wan et qui est Luke, comme si les deux côtés de la force ne faisait plus qu’un au sommet d’une cabane cosmique.

Mierda. C’est contagieux.

André et PE se lèvent.

– C’est comme si j’avais été sourd toutes ces années avant de te rencontrer. Et cette rencontre, c’est comme un constat à l’amiable entre deux Segway avec la ferveur des moines-soldats du mont Ararat.
– On a vécu tout ce qu’on a vécu pendant ces 3 minutes 30, rien que pour ça c’est super et on a vu que tu pouvais complètement gérer face à la fosse aux lions médiatiques, entre Quo Vadis et Gladiator.

Soit. Ils se saisissent de leur skateboard et se dirigent vers les quais sur la Garonne pour une déambulation au coucher du soleil.

Et ils continueront de disserter toute la nuit sous les lumières des lampadaires bordelais balancés par le mouvement de leurs hanches sur leurs planches à roulettes. Une sorte de fusion des corps et des esprits sans qu’aucun contact ne soit permis, une parade nuptiale pour des lendemains heureux.

NB : Si comme moi, vous voulez vous mettre dans la peau d’André Manoukian et trouver des répliques mélodiques et complètement folles, allez faire un tour sur le Dédégénérateur !  Oui, j’avoue, j’ai un peu triché mais qu’est-ce que j’ai ri ! 

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