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Le Roudoudou n’a rien de typiquement espagnol.

Du moins pas que je sache. Ah pardon, para los jovenes, le Roudoudou est un bonbon du temps jadis. Il s’agit d’un coquillage comme vous pouvez en trouver sur la plage, que l’on remplit de caramel parfois aromatisé et coloré. La particularité du Roudoudou tient à sa façon très unique de le déguster : il faut lécher l’intérieur au caramel en prenant soin de ne pas mettre le coquillage en bouche parce que sinon, comme le chantait Renaud (encore une fois pour les jovenes, un chanteur français des années 70-80 qui portait un foulard rouge, et qui crachait son amour de l’enfance et sa haine de la société, tintintintin), vous allez vous niquer les dents. Mistral gagnant, blablabla ronflements.

Donc nous avons un coquillage que l’on suce… Maintenant, les plus subtils d’entre vous auront peut-être compris pourquoi ce bonbon, véritable piège à Andalouses, a toute sa place dans ce blog.

Un beau jour du mois de mars ou d’avril ou je ne sais plus, enfin, c’était le printemps, j’étais à Bruxelles.

Pour me rendre à une expo d’un dessinateur de bande dessinée que j’adore (le duo composé de François Schuiten et Benoît Peeters, pour tout vous dire), je devais emprunter le métro ce que je fis accompagné de mon Roudoudou que nous avions acheté avec la belle pour notre goûter.

Me voilà donc confortablement assis en train de déguster mon roudoudou dans le métro. Quand soudain, dans mon champs de vision rêvasseur, j’aperçois un homme gesticuler quelques sièges plus loin. Il fait de grands gestes, il a l’air de s’énerver… Dans ma direction. Je regarde rapidement derrière moi essayant de comprendre l’objet de son courroux avant de me rendre compte qu’il s’adresse à moi. Je lui jette un regard interrogateur en léchant mon coquillage ce qui a l’air de l’énerver encore plus. Il me fait alors comprendre par des gestes grossiers que je dois arrêter de manger mon Roudoudou, que je suis un malade et que mon geste de succion le dérange. Enfin c’est ce que je comprends dans sa communication non verbale.

Je ne cherche pas à argumenter car je dois descendre à la prochaine station. Ce que je fais en le regardant et dégustant ostensiblement mon roudoudou. L’homme se lève de son siège et se dirige vers la porte qui vient de se refermer alors que je suis sur l’Escalator. Je l’observe pester, le poing levé le ciel, en me regardant, haineux. Le métro éloigne de moi fort heureusement ce drôle de personnage et je déambule vers la sortie en me demandant ce que j’ai bien pu faire de mal : est-ce si mal élevé pour un adulte de manger un roudoudou en public ? Certes, je ne suis pas sûr que Nadine de Rothschild approuve, quoi que. Valait-il la peine de s’énerver à ce point ? Là est toute la question.

Depuis les attentats qui ont frappé la rédaction de Charlie Hebdo du 7 janvier dernier et les prises d’otage sanglantes qui ont suivi, cette histoire me turlupine.

Deux malades sont capables de tuer pour un dessin. Si j’en crois la haine qu’il y avait dans son regad, ce type aurait pu tuer pour un Roudoudou. Parce qu’il s’est senti blessé, moqué, humilié ? Dire qu’il était de tendance djihadiste me ferait l’accuser du délit de sale gueule (non, tous les barbus n’attendent pas de mourir en martyre pour espérer jouir au milieu d’un harem de vierges au paradis). Et je vais vous dire : j’ai beau poser la question dans tous les sens, musulman ou pas je m’en fous, originaire de la banlieue Bruxelloise ou de la Courneuve ou le 8ème arrondissement de Paris, je m’en fous également. Ce ne sont que des excuses. Des excuses culturellement et socialement puissantes, je vous le concède, mais ce ne sont que des excuses.

Reprenons les faits : deux hommes abattent un dessinateur parce qu’un dessin ne leur plaît pas. Un homme manque de me casser la gueule parce que je mange un roudoudou. Soyons sérieux deux minutes : la religion fait ça ? La misère sociale fait ça ? Non, mille fois non. Que mon geste ait rappelé à ce malheureux qu’il n’a jamais connu le bonheur d’avoir les cuisses d’une femmes sur les oreilles, qu’un dessin ait rappelé à des millions de gens à quel point ils vivent leur propre religion dans l’interdit, le dogme, la répression des femmes plutôt que l’épanouissement : voilà le problème. La frustration et la connerie. Hier c’était l’inquisition, le terrorisme d’extrême gauche, ETA, aujourd’hui ce sont les djihadistes et demain ce sera Pegida. Un bon gros paquet de frustrés. Parce que oui, vous m’excuserez mais quand on est heureux et amoureux et épanoui sexuellement ce qui de nos jours est à la portée de tous, on a autre chose à faire que de s’énerver parce que son voisin a dessiné un Prophète ou parce qu’on voit un type manger un roudoudou.

Vous pouvez réinstaurer les cours de morale républicaine à l’école. Si ça vous soulage de vos obligations parentales une fois de plus, pourquoi pas.

 

Vous pouvez aussi choisir d’apprendre à vos enfants à aimer, à séduire, à répondre intelligemment, à être insolent et nonchalant (ça plaît beaucoup aux filles), à faire une bonne tortilla, des croquetas, au plaisir de recevoir, de partager un repas, de dire je t’aime et merci. Et vous savez un roudoudou ce n’est pas si compliqué : vous ramassez un coquillage à la plage. Vous faites du caramel (du sucre et un peu d’eau au fond d’une casserole et vous attendez que ça épaississe). Vous mettez le caramel dans le coquillage et surtout, surtout vous laissez refroidir parce que c’est trop caliente et vous allez vous brûler. Mais entre ça ou un stage en Syrie, c’est un moindre mal non ? Piénsatelo en serio. Contre la terreur, mangez des roudoudous ostensiblement !

Et cette vidéo qui se rappelle à mon doux souvenir. Moi quand j’étais gosse, je voulais être astronaute, pas djihadiste.

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