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Charlie c’est mon chat. Enfin c’était mon chat. Il est mort depuis un petit moment. C’est le premier point commun avec le journal. Mais comme vous le savez si vous suivez les dîners imaginaires, les gens qui sont invités sur le Canapé noir ne sont jamais vraiment morts. Il sont éternels. Deuxième point commun avec le journal. Et puis mon chat, c’est un survivant. Il s’est déjà fait dégommer par un chauffard fanatique et a survécu. Troisième point commun avec le journal.

Charlie est affalé sur la Canapé noir, comme tout chat qui se respecte. Je ne suis vraiment pas d’humeur à cuisiner, à rien en fait, alors je lui sers juste des olives andalouses parce que je sais qu’il est dingue de ça. Littéralement dingue en fait. Et lorsque je pose mon bol d’olives sur la table basse, il se jette dessus en laissant un filet de bave répugnant.

– Putain fais gaffe ! Tu es dégoutant ! Tiens toi un peu ! Moi je n’ai plus d’appétit.

– Dis donc Tonio, tu vas me faire un dîner larmoyant ? sympa ta soirée ! J’aurais préféré un peu de joie pour mon retour éphémère sur terre !

– Tu es vraiment comme tous les chats : un putain d’égoïste !

Il me regarde outré la bouche pleine d’olives.

– Ah tu m’emmerdes !

Oui ce chat est un peu vulgaire.

– Viens installe toi sur le canapé. On va parler.

Oui ce chat est autoritaire et un peu psychologue. C’est à lui que je confiais mes premiers déboires amoureux. Ouais. Parfaitement. Je m’allonge. Il est assis sur la table basse à côté du bol d’olives évidemment.

– Je comprends que tu sois bouleversé. Mais bon tu ne lisais plus Charlie depuis un moment maintenant. Il ne te faisait plus rire.

– C’est vrai. Mais c’est pas la question. On a assassiné le journal de mes années d’étudiant.

– Arrête de chouiner. Il faut grandir à la fin !

– Mais attends ! Ok c’est pas pareil mais on a perdu Framboisier, il y a peu. Les Musclés, Dorothée toute notre enfance.  Mais Framboisier il est mort d’un cancer. Je ne sais pas comment dire… C’est tragique mais c’est dans l’ordre des choses. La maladie tout ça. Là des types sont rentrés dans nos souvenirs et ils ont tout dégommé, sous prétexte de quoi ? Fanatisme religieux ?

– Fanatisme, immigration, intégration, blablabla. Tu les vois tous ces cons pérorer sur le pourquoi du comment… ? J’en vois deux autres se frotter les mains parce que les ventes de leur torchon vont exploser. Et quoi ? Tu veux mon avis ? Il est là aussi ton cancer. Va pas chercher midi à 14h : Zemmour, FN, islamistes, même combat : ce sont les ratés de la cour de récré. Des petits frustrés qui cherchent à exister par tous les moyens. Les uns en réécrivant l’histoire et étalant leur pseudo culture comme de la confiture, les autres en gueulant ou en tuant des journalistes. Je psychologise ? C’est le même mécanisme, la même logique, le même but : exister en braquant les caméras sur leur petite face de rat. Les caméras de surveillance c’est pareil. Un petit « allah akbar » et on devient la star des réseaux sociaux. Musulman ou pas c’est pas le problème.

– Super. Du cynisme de chat. C’est vraiment ce dont j’avais besoin…

– Tu sais ce qu’il manque à tous ces gens ? La séduction, une femme ou un homme, l’amour. Regarde Zemmour. Il s’imagine quoi ? Qu’un petit trait d’esprit fera l’affaire ? Femme qui rit à moitié dans son lit ? Et tous les tocards en survét’ qui sifflent les filles dans la rue : ils ont vu où que ce type d’approche fonctionnait ? Je te parle pas des têtes rasées qui rêvent d’un vrai bon mariage catholique avec une bate de baseball cachée dans le dos. Résultat ? Ils repartent bredouilles, frustrés, du foutre plein les neurones. Tu m’étonnes qu’après ils ne pensent qu’à une chose : écrire des saloperies ou se venger sur des journalistes et des artistes qui savent user d’esprit, d’humour et d’érotomanie contre les quelques valeurs en carton que d’autres tarés leur prêchent.

– Et quoi ? 12 personnes sont mortes aujourd’hui dont des gens qui faisaient parti de mon imaginaire, de ma formation intellectuelle et journalistique. On fait quoi ? T’es marrant toi, t’es mort et tu te goinfres d’olives.

– Remplir ce vide béant.

– Ben il y a du boulot.

– T’as fait quoi cet après-midi ?

– C’est bon t’es chiant.

Il s’installe sur mon ventre et se met en boule en ronronnant.

– Tu sais ce qu’il faudrait faire ? Donner des cours de séduction à tous ces gens. Leur apprendre à trouver l’âme soeur et à être heureux. Crois moi ils n’auraient plus beaucoup temps à consacrer à Allah, Dieu ou aux plateaux télé.

– …

Il vient se coller contre mon visage.

– Tu dors, tu dis plus rien.

– Non c’est juste que c’est pas con ce que tu dis. Reprends une olive avant de partir.

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