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Je suis un nouvel arrivant appliqué.

 

Je suis inscrit sur les listes d’attente pour être reçu au Palais Rohan en grandes pompes (l’équivalent de l’Hôtel de ville de Paris mais en mieux) et le blog d’Alain Juppé est dans mon Feedly. Mais Dios mio, je suis impatient de rencontrer la mascotte de Bordeaux ! Olé. L’homme qui a bousculé cette vieille bourgeoise endormie en la rapprochant de son fleuve et bientôt de Paris (2h en TGV en 2017) ! Olé. L’homme qui défie Nicolas Sarkozy ! Guapo, guapo, guapo ! L’homme qui reste droit dans ses bottes !… Bueno. Non, celui-là non.

Et puis de toutes façons, il paraît que le « dark passenger » du maire de Bordeaux a disparu. Il suffit de voir sa petite larme à la fin de l’émission de France 2 « Des paroles et des actes » du 2 octobre dernier à laquelle il était invité ou encore sa chemise retroussée pour une déambulation urbaine avec Michel Denisot lors de l’émission « Conversation secrète » diffusée le 30 octobre sur Canal +.

Alain a changé. Et en tant que nouvel arrivant à Bordeaux, je me devais de lui faire l’honneur du canapé en cuir noir installé pour l’occasion au Miroir d’eau, place de la Bourse car le Love Appart’ est encore sous les cartons.

 

Alain Juppé déambule sur les quais au milieu d’une foule d’admirateurs dont il s’extirpe avec peine en m’apercevant.

– Bonsoir Monsieur le Premier Ministre.

– Oh, vous pouvez m’appeler Alain.

Vous voyez, il a changé.

– Si j’ai bien compris le principe, il s’agit d’un dîner informel. De retour à Bordeaux alors ?

– Et bien oui, à croire que vous m’aviez manqué. Pourtant je suis parti fâché contre vous.

– Ah bon ? Dois-je m’en inquiéter ce soir ?

– C’était en 2007. Je vous avais photographié lors d’un meeting de soutien à Nicolas Sarkozy pour les élections présidentielles. Je vous avais trouvé particulièrement bête aux côtés de Xavier Bertrand. Vous portiez un jean et une simple chemise en mode décontracté, droite décomplexée, vous voyez le genre.

– C’était l’époque qui voulait ça…

– Oui enfin ça ne vous donne pas le droit de parler avec vos attributs masculins sur le pupitre pour draguer la masse militante.

Il rit en essayant de trouver une posture plus confortable sur le canapé. Vous voyez, il a changé.

– Et qu’est-ce qui me fait reprendre grâce à vos yeux ce soir ?

– Prenez d’abord un verre et goûtez moi cette tortilla. C’est ma spécialité.

Je lui sers un verre d’Oloroso dulce Solera 1847 de la Bodega Gonzalez-Byass, un vin doux avec du caractère qui devrait lui rappeler le Lillet bordelais. Il tique.

 

– Alain, vous n’allez pas ma faire le coup de la vieille bourgeoise bordelaise qui ne boit que du Bordeaux ?

– Non, pour tout vous avouer, je m’attendais à autre chose qu’une simple omelette… Je ne suis pas sûr que nous partions sur un bon pied, mon ami.

Il me dit ça avec son légendaire sourire arrogant d’énarque coincé. Je suis soufflé. En fait, il n’a peut-être pas changé.

– Alain, ce n’est pas une omelette, c’est une tortilla et celle-là, elle est à l’huile de truffe. Croyez-moi, elle a séduit une bonne partie de la Capitale et des palais plus pointilleux que le vôtre !

Nous trinquons malgré tout. Il boit une gorgée et mord dans ma tortilla. Il ne dit rien. Il se penche en avant vers ses chaussures dont il défait les lacets. Il ôte sa paire de Clarks ainsi que ses chaussettes en laine écossaise, bien trop chaudes pour la saison. Il dépose soigneusement sa paire de chaussures sur le canapé en cuir.

Il marche pieds nus vers les quais en traversant le Miroir d’eau qui dégage un grand nuage de brume.

 

Je le suis du regard sans poser de question avant de le rejoindre sur les bords de Garonne contre le garde-corps sur lequel nous posons nos verres.

– Vous voyez, c’est effrayant. Je fais du mieux que je peux pour briser mon image d’homme psychorigide mais le naturel revient toujours au galop. Je me rends compte que la route est encore longue et tumultueuse voir boueuse, comme ce fleuve, et j’ai peur.

– Vous me demandiez qu’est-ce qui m’avait fait changer d’avis à votre égard tout à l’heure. Peut-être que j’ai vieilli. C’est l’option fataliste. Peut-être que je me réjouis de savoir qu’à droite, il y a des gens pas trop cons et que vous êtes le meilleur obstacle au retour de Nicolas Sarkozy. C’est l’option optimiste.

– C’est ce que tout le monde dit… Mais j’ai le sentiment d’être parti trop tôt, trop vite.

L’Hermione passe devant nous. Alain est emporté par la foule qui s’est amassée sur les quais pour admirer la réplique du navire de Lafayette. Je contemple à mon tour les eaux boueuses du fleuve. La Seine hier, la Garonne aujourd’hui. Peu importe en fin de compte, l’important est peut-être de savoir maintenir le cap.

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4 réflexions sur “Mon dîner avec… Alain Juppé

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