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Laurent joue avec ses enfants et ceux de sa nouvelle compagne, Alice Taglioni. Cela fait longtemps qu’ils ne se cachent plus. On dirait qu’ils posent pour un paparazzi planqué derrière un blockhaus de la plage de l’Horizon au Cap-Ferret.

Il faut dire qu’ils sont beaux avec leurs vêtements de lin aussi blanc que leur dentition parfaite. Le soleil qui plonge petit à petit dans l’océan fait de magnifiques reflets roses sur la dune et sur leur chevelure blonde. Laurent m’aperçoit assis sur le canapé. Nous nous saluons et il se dirige vers moi.

– Bonsoir Laurent.

– Bonsoir Antoine.

A l’intonation de sa voix, j’ai l’impression d’être un nouveau personnage de son émission « Un jour, un destin ». Il faut que je me souvienne q’un intervieweur déteste être interviewé et qu’il à tendance à répondre aux questions par 10000 autres questions.

– Félicitation pour ton dîner avec Anne Sinclair : elle était enchantée.

– Merci encore pour la mise en relation. Assieds-toi, je t’en prie.

Il est 19h mais Laurent porte encore son short de bain fleuri. J’ai demandé qu’il vienne avec.

Moi aussi je suis en maillot de bain. Je voulais qu’il voit ce que sont de belles jambes. Oui parce qu’on ne peut pas tout avoir dans la vie : une belle carrière de journaliste et de belles jambes… et vice-versa.

– D’où t’es venu cette idée de dîners imaginaires ? On a parfois l’impression en regardant ton parcours que tu cherches obstinément les belles rencontres que tu n’as pas faites dans la vie réelle.

Voilà, il commence. Je le regarde d’un air circonspect et botte en touche.

– Sers-toi Laurent : ce sont des Almejas que je t’ai préparées. C’est un peu comme des palourdes que j’ai ouvertes à la vapeur avant de les préparer avec un peu d’huile d’olive et de l’ail. Tu as remarqué ce petit goût fumé ? C’est une des huiles Castillo de Canena, elle est superbe.

De toute façon, comme tout bon journaliste télé qui se respecte, le mec s’écoute poser les questions et la réponse ne l’intéresse guère.

– C’est délicieux. Tu ne veux pas répondre à ma question ? Des blessures secrètes que nos téléspectateurs devinent dans chacun de vos dîners mais que tu n’es pas encore prêt à dévoiler…

Silence. J’attaque.

– Tu sais que tu as failli finir comme Romain Duris ?

– Effectivement, on perçoit cette colère, l’expression d’une revanche à prendre face à un milieu dont tu te sens rejeté.

– Tu n’y es pas du tout.

– Serait-ce alors la poursuite acharnée d’un idéal, une volonté de conquête frustrée par l’inertie et la procrastination.

Je baille ostensiblement.

– L’inertie, elle est à Paris, en bas de chez toi et tu le sais.

Il se tait. Il se lève du canapé et se dirige vers la mer. Il a vraiment des petits mollets affreux. Un enfant court vers lui. Il le porte sur ses épaules.

Le contre-jour est parfait, l’image idyllique. Je me dirige vers lui. Nous sommes maintenant côte à côte, les pieds dans l’eau et nous observons en silence les dernières minutes du jour. Nos cheveux romantiques sont balayés par le vent. Le brun, le blond, jolis mollets, vilains mollets.

– Tu sais Laurent, tu es un chouette type au fond. Je crois que tu es le mec le plus sain du PAF.

– Merci… La comparaison avec Romain Duris m’a blessée. C’est dur de cacher sa normalité. On essaie de t’apprendre ça dans les écoles de journalisme : être au courant de tout, tout le temps, entretenir un réseau, être au bon endroit, au bon moment non pas pour narrer l’évènement mais surtout pour montrer qu’on y était. Ces écoles forment des armées de névrosés.

– Heureusement, certains arrivent à se soigner… Mais tu n’as pas tord : j’attends le jour où un photographe de guerre publiera un « selfie » au milieu des bombes. Il assortira la photo d’un beau discours du genre « je témoigne, je montre ce que personne ne montre, je suis utile à la démocratie, je prends des risques pour la liberté d’expression… » et là, tu vois, il fera une tache dans son pantalon. Mais au fond, il veut juste montrer qu’il en est et qu’il en a, que c’est un mec, un vrai : un vulgaire plan drague au fond, pour des minettes en mal d’aventures et d’imagination.

– Ahahaha ! Tu te souviens de mes photos de New York (Il y a 5 ans environ, Laurent exposait ses photos de vacances à New York dans un hôtel du Cap-Ferret, ndlr)

– Oui… Tu veux vraiment qu’on en parle ?

– Ahahaha ! Ce n’est pas toi qui va me reprocher de vendre des croûtes à 2500 euros aux zozos prêts à mettre le paquet sur mon nom ?

Silence amusé qu’il interrompt soudain :

– Je crois qu’il est temps d’arrêter de jouer la comédie, d’entretenir la « private joke » télévisuelle permanente, de parler pour ne rien dire.

Alice s’approche de nous avec les enfants.

– … et même dans nos vies. Parfois il est préférable de se taire plutôt que de faire semblant parce qu’on a peur de ne pas faire le poids. C’est là, en général, qu’on fait des conneries.

– Dis moi Laurent, ça te branche une piña Colada ?

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5 réflexions sur “Mon dîner avec… Laurent Delahousse

  1. Pas possible de manger encore une fois, avec son sourire Colgate qui vous piquent les yeux et vous empêche de voir le fond de votre assiette.
    Un dîner à l’aveugle avec Delahousse

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