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C’est l’été, je délocalise, mon invité aussi.

Cela fait des mois que j’essaie d’organiser ce dîner avec Matthieu mais il m’échappe : un concert, une télé, une tournée. Monsieur n’est que très rarement à Paris. J’ai donc décidé de le prendre au piège et de me rendre sur son lieu de retraite estivale. Et ça tombe plutôt bien, nous avons le même : la presqu’île du Cap-Ferret.

J’ai donc installé le canapé en cuir sur la petite plage du village de l’Herbe.

Ne faites pas les idiots et faites une recherche sur Google Map, le village existe vraiment, ce n’est pas un fantasme de junky. D’ailleurs c’est là que Guillaume Canet et Marion Cotillard ont acheté une maison pour faire découvrir les joies de la mer à leur petit Marcel. Matthieu arrive sur la plage avec toute la bande. Guillaume, Marion et Marcel, bien sûr, mais aussi, Audrey Tautou et Vanessa Paradis. Ils sont beaux comme des petits mouchoirs.

Je les observe arriver, les mains sur les hanches, en souriant. J’ai planté des torches autour du canapé et, nous attendent sur une petite table basse, un plateau d’huîtres du banc d’Arguin garanties sans algues toxiques, une bouteille d’entre-deux-mer bien fraîche et des moules gratinées avec du lait de coco, un peu de gingembre et un peu de muscade. C’est délicieux croyez-moi.

Je m’avance vers la troupe pour les saluer. Ils sont tous déjà un peu bourrés et/ou défoncés. Ça tombe bien, moi aussi.

Nos embrassades n’en sont que plus chaleureuses. Comme si nous étions de vieux amis, heureux de nous retrouver, enfin. C’est beau de voir des gens heureux. Je pense que beaucoup des promeneurs qui nous entourent nous envient. Ils ont raison.

Nous nous asseyons avec Matthieu et observons le reste de la bande qui s’éloigne en longeant le bord de mer. Vanessa se retourne, inquiète. Matthieu la salue d’un geste de la main et de son sourire enfantin.

– Je suis entre de bonnes mains Melody Paradis, ahaha.

– Je suis extrêmement touché de te retrouver ici Matthieu.

– C’est très étrange ce que j’ai ressenti en lisant tes messages et aujourd’hui ça se confirme. Une sorte d’emphase adolescente entre le ridicule et l’essentiel. Il y a quelques années je crois que j’aurais eu honte de te dire ça. Maintenant j’assume. C’est beau ce que tu as fait sur cette plage. Très poétique, très romantique.

– Je te remercie. J’affectionne particulièrement ce village pour des retrouvailles. Etrangement, je trouvais que tes chansons faisaient écho dans ces petites ruelles fleuries. Mais là je deviens nostalgique : ahaha, de la difficulté d’être soi dans ce qu’il y a de plus ridicule, n’est-ce pas ?

– C’est paradoxal ce moment. La beauté dans le réel, c’est ce que je cherche, je crois, j’ai laissé tomber les idées. Et toi tu m’offres ce canapé, ces torches, ce coucher de soleil. Imaginaire ? Il n’y a pas besoin de se battre, il suffit de le voir. Regarde-les.

Il me montre sa petite tribu estivale. Les enfants qui courent, les amis qui rient, le dos nu d’Audrey Tautou, la légèreté, nos pieds nus ancrés dans le sable légèrement humide d’une délicieuse fin de journée.

Je nous sers à boire et lui tends son verre. Nous trinquons. Nous nous observons un long moment, comme surpris par un miroir.

– Tu n’as pas l’impression que tout cela sonne faux parfois ? Que tu ne fais que reproduire ce que les gens et en l’occurrence, le public projette sur toi ?

– Tu veux que je m’interdise d’être heureux ? Ce que je fais, ce qui fait que -M- ne m’appartient plus, c’est le lot de tous les personnages publics. Après les gens en font ce qu’ils veulent. -M- c’est mon échappatoire, ce qui me permet de me détacher parce que je suis incapable de me projeter. Je suis un homme du présent qui se nourrit paradoxalement de la nostalgie du blues et de Radiohead. Guillaume, Marion, Vanessa, ça peut donner une image extrêmement « glamour », une divine idylle. Je ne fais que partager et cultiver des instants forts, uniques avec les gens que j’aime et mettre en avant au mieux leur talent, ça c’est pour faire la nique au Narcisse qui est en moi.

– Tu sais, une amie m’a dit un jour qu’il fallait se battre pour seulement deux choses : être soi et celui ou celle qu’on aime.

– Pourquoi tu veux te battre ? Laisse venir. Laisse aller et arrête de courir, tu t’essouffles.

Il prend sa guitare et commence un morceau (Ecoute !!) alors que la bande revient vers nous. Le soleil est déjà bien bas et le ciel s’obscurcit.

Comme un parallèle
Entre moi et elle
Dis, après quoi on court ?
Est ce que c’est ça ? 

Tout le monde est extrêmement joyeux y compris Marcel, petit mec qui mange déjà des huîtres.

Vanessa fait néanmoins preuve d’un peu plus de froideur. Sûrement à cause de Romain Duris… Elle finira par comprendre. Audrey et Marion, quant à elles, ne tarissent pas d’éloge. Je leur promets à tous, que bientôt, ils seront également conviés sur ce canapé.

Nous dansons sous ce ciel devenu étoilé, comme des marionnettes tirées par des fils. Soudain surgit des eaux la guitare rose géante de -M- avec un coeur au milieu. Le décor en carton-pâte se met en place sous l’oeil éberlué d’une chouette perchée sur un croissant de lune.

La puissance manque tout-à-fait à la haute conception.
Mais déjà mon désir et ma volonté comme deux roues soumises à la même impulsion, se portaient ailleurs, dirigés par l’amour qui met en mouvement le soleil et les autres étoiles.

Matthieu a les cheveux ébouriffés, les revers de sa veste se sont dressés. De la guitare géante et des bateaux alentours surgissent des feux d’artifice multicolores. Matthieu nous fait danser comme des pantins sur le son de sa guitare.

Essoufflé, j’avoue j’ai envie
D’une arrivée sublime

Une paire de ciseaux géante coupe nos fils de marionnettes. Nous nous écroulons dans un grand éclat de rire sur le sable.

Je suis adossé au canapé. Nos visages sont illuminés par mille couleurs qui se reflètent dans les eaux du bassin d’Arcachon. Matthieu s’envole sur une moto intergalactique en chantant Le Mojo. Le petit Marcel s’assoit à côté de moi pendant que ses parents sont portés par une onde sensuelle. Il me regarde en faisant les cornes du diable avec sa main. Petit mec.

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3 réflexions sur “Mon dîner avec… Matthieu Chedid -M-

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