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– Viens par ici, hijo de puta.

Romain Duris est à la porte de l’appartement. Je le saisis par le bras et le pousse à l’intérieur.

Il trébuche sur la table basse et s’écroule sur le tapis en riant. Son chapeau ridicule orné d’une petite plume voltige sur le lit un peu plus moins, laissant libre cours à sa chevelure exagérément exubérante.

– Oui tu as compris, hijo de puta : c’est un succédané de tes petits cours d’espagnol à Barcelone, c’est ça ? Enlève moi ce sourire de ta petite face de trou du cul, tu veux bien ?

Je n’y peux rien, c’est épidermique. Je ne supporte pas ce mec, son insolante nonchalance, le hasard qui tombe toujours bien et qui le fait tourner avec les meilleurs et de très belles actrices. C’est insupportable. Et tout cela sans rien faire si ce n’est sourire avec sa petite gueule de midinette et jouer de temps en temps la canaille de la banlieue parisienne. Joder, je n’en peux plus !

Je sors mon flingue, un petit colt que j’ai acheté au dealer qui vit au sixième étage, et je lui tire une balle dans le genou.

Il hurle, forcément, en voyant sa rotule éclatée sur le tapis. Moi je me calme. Je m’assois tranquillement sur la canapé en cuir et je le regarde gesticuler et geindre, impassible. J’enlève mes gants et me sers un verre de Pinot noir 2009 de la Bodega Cauzon dont je vous ai déjà parlé : j’aime rester en famille quand je tue.

– De quoi tu te plains ? Tu viens de saloper le tapis et mes carreaux que je venais de nettoyer.

– J’ai super mal bordel ! Je croyais qu’on devais parler d’Espagne, de l’Auberge et tout ! Merde ! Appelle quelqu’un je pisse le sang.

– Tu croyais vraiment qu’on allait épiloguer sur ce petit film d’adolescents hormoneux qui rêvent de partir s’envoyer en l’air loin de chez leurs parents ? Sérieusement ? Le pire tu vois, c’est que tu as fait des films beaucoup plus sérieux et certains pourraient même me toucher, c’est dire, mais rien que de voir ta gueule…

Romain Duris se relève péniblement pour s’adosser contre les poufs à côté de lui. Il semble s’être calmé un peu. Je lui tends un verre de vin. Je ne suis pas un hijo de puta, moi, bien que j’ai très envie de lui exploser son deuxième genou.

– Allez, vas-y je t’écoute. De quel film tu voulais qu’on parle ?

Je me rapproche de lui, très près, face contre face en lui posant mon arme sur la tempe.

– C’est moi qui pose les questions, entiendes ?

Il déglutit. ça sent la pisse et son menton retient à peine un sanglot.

– Tu as joué le rôle d’un agent immobilier qui trouve son salut dans le piano (De battre mon coeur s’est arrêté), tu joues une petite frappe dans un clip de Princess Erika (Faut que j’travaille), tu incarnes Molière (Molière) ou tiens, ce thriller avec Marina Foïs où tu joues un père qui fuit sa famille pour vivre sa vie sous une autre identité (L’homme qui voulait vivre sa vie). Des rôles et des histoires qui pourraient être magnifiques et que tu sabotes systématiquement ou presque avec ta gueule d’ange parce que, depuis le début de ta carrière, tout ce que tu as à faire c’est sourire et laisser le sort se charger du reste.

Il éclate de rire.

– C’est donc ça. Tu es juste jaloux. Je ne sais pas qui est le plus tocard des deux finalement.

Je lui explose son deuxième genou. Il pousse un hurlement.

– Ne fais pas le con ! Le seul truc dont je puisse être jaloux, ce sont tes cheveux. J’ai cru un moment que tu étais un mec sensible, voir un mec bien. J’y ai vraiment cru. C’était le soir de la fête de la musique. Nous buvions un cocktail dans le même bar du XIème arrondissement de Paris. Un truc génial avec un son d’enfer, Chinese Army, mais ça tu t’en fous, je suis certain que tu ne t’en souviens pas. Et toi tu étais là, au milieu, avec ta cour et toutes ces comédiennes qui tentaient une approche par cercles concentriques. Stratégie pathétique. Et tu sais ce qui m’a touché dans tout ça ? Ton regard triste et indifférent. Et tu vois, j’ai failli tomber dans le panneau, le cliché du mec sensible derrière sa carapace de séducteur. Ne me demande pas pourquoi, mais j’ai su que ça aussi c’était de la posture, pour faire genre et les faire craquer bêtement.

Il toussote et pousse un râle de douleur.

– Quand est-ce que tu comprendras que c’est la clé du succès ?

Je lui tire une balle dans la tête. Il ne ressemble plus à rien et les murs de l’appartement ainsi que ma chemise sont tachés de sang. Je ne lui ai même pas préparé à manger.

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3 réflexions sur “Mon dîner avec… Romain Duris

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