Home

LO-LI-TA… LO-LI-TA.

– Je suis surprise. J’avais lu qu’il s’agissait d’un appartement d’artistes un peu bohèmes : je ne m’attendais pas à rentrer dans le cabinet d’un psy !

Alizée me dit cela avec un sourire pétillant qui ne parvient pas à cacher son désarroi, voir son inquiétude. L’appartement est vide.

J’ai tout repeint en blanc y compris le plancher. Il ne reste que le canapé en cuir noir, deux grands verres à vin remplis de glaçons et mon plat d‘habas con jamón. Il y a également une carafe de tinto de verano. Non pas que je manque de considération sur ses connaissances oenologiques mais je voulais quelque chose de frais, léger, comme cette robe estivale qu’elle portait au milieu d’un champs de blés… jadis.

Ce soir, Alizée est une femme. Elle porte un jean et un débardeur large qui dénude ses épaules et laisse apparaître ses tatouages. Elle a vécu, Alizée : de nombreux albums qui ont connu plus de succès au Japon et au Mexique que dans sa Corse natale, une petite fille avec un tocard qui a eu le génie de l’impressionner et dernièrement un retour à la danse avec un athlète épilé.

– Sois sans crainte. Je sais faire parler les gens mais ma capacité d’analyse est très limitée… Tu permets que je te tutoies ? Nous avons quasiment le même âge, la trentaine existentielle ! C’est un dîner expérimental : pas de fioritures inutiles, je ne me perdrais pas en descriptions comme ça. Mon invitée, le canapé et quelques tapas, ya está.

– Je ne suis pas inquiète. Pas pour moi tout du moins.

Elle sourit. Je souris. Elle penche la tête légèrement sur la droite. Elle s’assoit sur le canapé. Je m’installe en tailleur sur le plancher qui sent encore la peinture. C’est la place que je préfère.

– Je crains de ne pas faire preuve de beaucoup d’originalité : je me suis souvenu de ton premier passage à la télé pendant l’émission Graines de Star. Je devais avoir 14 ou 15 ans. Pour être tout à fait franc avec toi, tu fais partie de mes premiers émois érotiques (après Anne Sinclair).

– Maintenant je commence à m’inquiéter.

Elle sourit. Je souris. Elle penche la tête légèrement sur la droite.

– Ahahaha, non, non, je t’en prie, j’ai grandi moi aussi. C’était très maladroit comme entrée en matière, toutes mes excuses. Je crois que tu as pas mal souffert à l’époque des regards un peu pervers d’adultes frustrés en mal de paternalisme mal placé.

– Ce n’est pas faux.

– … Un peu comme Nathalie Portman dans le film Léon. Du coup, avant de te recevoir, j’ai revu le clip de Moi… Lolita. C’est complètement fou ! Avoir réussi à faire danser les zozos pendant les fêtes de village sur une chanson inspirée de Nabokov ! Tu avais conscience à l’époque de la signification des paroles et de ce qu’elles représentaient ?

– Je crois… Je ne sais plus en fait. C’est peut-être aussi ma naïveté qui a fait le succès de ce clip. J’ai pris énormément de plaisir. C’est ce que je retiens de cette expérience. Après j’ai grandi trop vite… Mais ça c’est une autre histoire.

– Tu penses que toutes les femmes ont un moment Lolita dans leur vie ?

– Je ne sais pas… Et toi ?

– C’est moi qui pose les questions.

Elle sourit. Je souris. Elle penche la tête légèrement sur la droite.

– … Je crois surtout que toutes les femmes sont au fond des Lolitas, à tout âge. Après, chacune d’entre nous gère cet ascenseur émotionnel comme elle peut. On le canalise plus ou moins en fonction du contexte.

– Les hommes pourraient être l’élément déclencheur ?

– Ce serait vous donner beaucoup trop d’importance, mon cher. Et puis quelque soit les tendances actuelles, nous ne sommes pas si différents : vous avez été et vous êtes toujours des Lolitas malgré les airs romantiques que vous aimez prendre.

– C’est une excellente réponse. Alizée, maintenant je peux te dire pourquoi je t’ai réellement invitée ?

Elle sourit. Je souris. Elle penche sa tête légèrement sur la droite. Je saisis la télécommande que j’avais planquée dans un recoin du canapé et appui sur le bouton rouge. Une boule à facettes descend lentement du plafond. Derrière la canapé, je saisis les deux perruques blondes planquées dans un carton. J’appuie une deuxième fois sur le bouton rouge pour déclencher la musique et les lumières. On entend un rire de niaise…

Le monde est tout blonde. Le monde est tout blonde… décolorée !

Et ça mes amis, c’est cadeau.

Papapapa Blonde ! Papapapa Blonde !

Alizée et moi dansons comme des petits fous : elle, maîtrisant sa chorégraphie à la perfection et moi… Laissez tomber.

L’appartement se remplit d’inconnus et devient une discothèque de Province (que c’est bon d’être méprisant) : j’ai l’impression de revivre une fête de l’huître sur le Bassin d’Arcachon. Non ce n’est pas un sous-entendu scabreux, ce genre d’évènement existe vraiment. Le tinto de verano coule à flot dans les gosiers de mes invités imaginaires et tache les chemises blanches devenues fluorescentes à cause des spots ultra-violet.

Dé-co-lo-rée ! 

Et soudain le noir. Puis une lumière blanche dans l’appartement. Fondu. Réveil. Blonde. Sourire.

LO-LI-TA… LO-LI-TA.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s