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J’ai invité Jean-Louis Borloo, bêtement, sur la base d’un pari un peu idiot avec un pote : « tu verras, je tiens mieux l’alcool que Jean-Louis Borloo ». Facile, beaucoup trop facile en fait, d’autant que l’homme est affaibli par la maladie.

Il y a une raison beaucoup plus sérieuse à mon invitation : Jean-Louis Borloo, ancien ministre, député centriste et patron de l’UDI, a bâti sa carrière sur un phrasé atypique et une crinière ébouriffée caractéristique des hommes libres. Et j’aime bien les crinières ébouriffées.

Jean-Louis est assis sur le canapé noir. Il porte une chemise dont le col est largement ouvert. Il a une barbe de trois jours, comme moi, sauf que la sienne est grisonnante. Il boit de la menthe à l’eau comme Eddy Mitchel , moi j’en suis à mon troisième whisky et je me prends la tête en cuisine : ça mange quoi un centriste ?

– Ça n’a vraiment pas été simple, Jean-Louis, vraiment pas !

Je lui hurle cela à la cantonade depuis la cuisine.

– Et pourquoi donc ? Tu sais que je ne suis pas compliqué. Moi j’aime la cuisine des copains.

J’aime cette manière qu’il a de s’adresser aux gens, ce côté un peu franchouillard mais qui parle avec le coeur.

On frôle parfois le Patrick Sébastien, mais Jean-Louis, lui, il sait se tenir, même dans un petit appartement parisien.

– Non mais sérieusement Jean-Louis. Ni de droite ni de gauche, ni cru ni cuit, ni carnivore ni végétarien, au milieu de tout et de rien, en accord avec tout le monde et personne. Voyez, moi ce qu’il me plaît c’est le caractère tranché de l’Espagne : on met beaucoup d’huile.

– Ne joue pas au con avec moi, tu sais très bien que je suis de droite.

– Oui je sais. Du coup, je vous ai préparé du porc.

N’y voyez rien d’insultant ni aucun sous-entendu mal placé chers lecteurs : je considère le porc comme une viande très noble et j’ai préparé le « must » de la bête. Il s’agit du « solomillo », ce que vous, Français, appelez communément le filet mignon, cette partie charnue et tendre qui se trouve de part et d’autre de la colonne vertébrale de l’animal (cf infographie ci-dessous, attention Ya Está by Tonio devient technique) . J’ai découpé des tranches assez épaisses mais pas trop que j’ai fait revenir dans un petit peu d’huile à la poêle façon plancha avec de l’oeil, por supuesto.

Un conseil : ne le faites pas trop cuire, juste rosé. Cuisson centriste en somme. Salez, poivrez, persillez avant de servir chaud. Perfecto.

Me voilà à nouveau dans le salon. Je titube passablement parce que j’en suis à mon 5ème verre de whisky (oui, j’aime boire en cuisinant). Jean-Louis entame sa deuxième menthe à l’eau. 5 à 2 dans les premières minutes du match : on ne devrait pas jouer les prolongations.

– Là voilà votre cuisine de copains Jean-Louis. De la viande ! Ya está.

– C’est tout ce que j’aime. De la simplicité. Un truc que mes collègues ont oublié. Même Sarkozy avec ses frites, c’était compliqué.

– C’était intéressé surtout ! Ce n’est pas tellement de la simplicité qu’il manque mais de la sincérité.

Il est en forme Jean-Louis. Il fume clopes sur clopes contre l’avis de ses médecins très certainement mais il parle avec passion des dernières actualités, les élections européennes, l’UDI, Bayrou, Béatrice Schönberg son épouse que j’ai croisée tout petit dans les couloirs de France 2… etc. 7, j’en suis à mon 7ème verre.

– J’aimais bien votre duo avec François Bayrou. Vous étiez mignons tous les deux : deux mousquetaires, chacun son style, chacun sa maladresse et donc une certaine honnêteté qui force l’écoute. En fait, c’est difficile de détester un centriste.

– Oui pour ça on est malin mais ça ne nous fera pas gagner une élection.

– Vous savez quoi Jean-Louis (je retiens ma respiration pour articuler au mieux la fin de ma déclamation que je sais spectaculaire) : je ne comprends pas que dans ce pays, on ne fasse pas plus de politique avec amour.

– C’est psychanalytique mon ami : nous vivons dans un pays d’incapables au mieux d’incompétents à ce niveau là.

– Pourquoi vous dites cela ?

– Parce qu’ils se regardent tous le nombril et ne sont jamais satisfaits d’eux-mêmes, ni de rien. Et en te disant cela, on va encore me traiter de centriste mou. Je crois au contraire qu’il s’agit d’une grande ambition nationale !

Mon 10ème verre a eu raison de ma résistance : je prends Jean-Louis dans mes bras pour une accolade chaleureuse digne de Juan Carlos, l’accolade des copains. Après, c’est un vague trou noir. Je crois que je me suis endormi sur son épaule, qu’il m’a allongé sur le canapé et bordé avec le plaid gris.

C’est l’odeur du café et de la cigarette de la belle qui m’a réveillé. Et sur ma gueule de bois s’affiche un sourire devant cette chevelure ébouriffée.

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Une réflexion sur “Mon dîner avec… Jean-Louis Borloo

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