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– Ça n’a pas été simple de te retrouver vieux pirate.

– Tu sais pourtant où je traîne : le monde des fables. Il suffit après de frapper à la bonne porte.

Il m’agace avec ses énigmes. Il s’est installé dans la canapé en cuir noir et a posé ses deux pieds sur la table basse. Il fume sa cigarette lentement et sirote le verre de rhum Neisson qui je lui ai préparé en Ti-Punch.

– Je t’ai perdu il y a cinq ans à Grenade, dans les jardins de l’Alhambra, à cause d’une femme très certainement.

– Tu parles de toi ou de moi ?

Sourire narquois. Touché.

– Ce n’est pas débat. Et je te retrouve par hasard, la semaine dernière en Irlande du Nord. Tu traînais là comme tu sais le faire sur la chaussée des géants avec la fée Morgane.

Il tire longuement sur sa cigarette qui semble pourtant ne jamais se consumer.

– Cette folle de Morgane ! Son monde a disparu et elle croit que mes rêveries peuvent renverser le cours de l’histoire.

– Je le crois aussi.

– Tu te trompes.

Il me dit cela en restant impassible derrière la fumée de sa cigarette éternelle.

– Les rêves, l’aventure, les voyages, les femmes, tout cela ne change pas le monde. C’est une vieille quête égoïste. Certains l’écrivent, d’autres la chantent ou la filment, moi je rêve, je voyage et je vis par procuration et avec désinvolture la douleur des amours mélancoliques. Tu sais très bien de quoi je parle, sinon tu ne m’aurais pas retrouvé en Irlande.

Il me sourit toujours de son air narquois, insupportable et séduisant et toujours derrière son nuage de fumée. Nous savourons le Arroz a la cubana que je lui ai préparé. Sa mère était une gitane de Cordoue et je voulais rajouter une petite note exotique. Le Arroz a la cubana était donc tout approprié.

Il me parle de ses dernières pirateries, les derniers trésors ou reliques après lesquelles il court. Il me donne des nouvelles de Raspoutine ponctuées de son rire flegmatique. Quelle classe !

– Ce n’est pas la mélancolie qui m’a fait te retrouver là-bas Corto.

– Ne sois pas présomptueux. Veux-tu que nous fassions parler les cartes ?

Il sort son jeu de tarot. Les cartes défilent. il s’arrête sur certaines d’entre elles.

– Tiens, regarde, le valet de coeur : celui-là n’est pas là par hasard.

– Corto Maltese, à d’autres ta truanderie légendaire ! Elle est facile celle-là.

– Ahahaha tu te souviens de ce que m’a dit un, jour, Bouche Dorée : « Tu aurais déjà trouvé tout ce que tu cherches mais tu es aveugle comme une taupe ».

– Et tu te souviens de ce que tu lui as répondu : « C’est bien possible Bouche dorée, mais c’est à moi de m’en apercevoir ».

Il relève la tête, sourit et en soufflant une fumée plus dense que d’accoutumé il me dit :

– Finalement tu avais peut-être raison Antonio.

L’odeur du rhum et du tabac se fait plus forte. J’entends une cornemuse, des violons puis un chant vaudou, une guitare flamenco, un tango, le dernier ? Je vois mon corps recouvert de symboles.

– Salut Corto Maltese, puisse les portes de tes fables restées ouvertes.

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3 réflexions sur “Mon dîner avec… Corto Maltese

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