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Vous l’attendiez celui-là bande de petits pervers. Moi aussi. La belle un petit moins…

Qu’elle me pardonne, je dois faire un peu d’audience avant de m’envoler sous les cieux irlandais.

Je ne sais plus où donner de la tête. L’appartement est en ordre, chemise noir entrouverte, pantalon noir, barbe de trois jours, j’ose le pendentif avec ma petite vierge d’El Rocio. Oui je suis superstitieux. J’ai préparé des croquetas. Pourquoi ? Messieurs, réfléchissez deux secondes : imaginez Penelope Cruz en train de manger une croqueta. C’est bon, vous y êtes ? Ou je vous fais un dessin ?

Les croquetas sont au jamón, clasico, mais aussi à la Patate douce avec une pointe de gingembre (por supuesto) et au saumon avec une pointe d’Estragon.

Pour tenir le choc et augmentez l’ivresse, je servirai l’Iradei 2008 de la Bodega Cauzon, un vin andalou d’un petit récoltant en biodynamie, une saveur à la fois brute et subtile, un concentré du caractère andalou, magnifico.

Il est 21h, l’heure de la tapa, on sonne, dernier check dans le miroir, lever de sourcil, impeccable.

– Olaaa

Voilà. Je suis foutu. Vous voyez cette manière qu’ont les espagnoles de dire « Ola », en traînant longuement sur le « a » et accentué d’un sourire canaille ? ça pétille dans tous les sens. Une invitation permanente au sexe à peine dissimulée.

– Qué tal guapa ?

Je la fais rentrer dans l’appartement en la faisant tourner sur un pas de danse. Elle porte une petite robe noire légère qui dans ce premier mouvement s’envole juste assez pour laisser entrevoir son porte-jarretelles. Elle rie. Je déglutie mais garde le port altier pour ne pas laisser transparaître mon émoi érotique.

Elle s’installe sur le canapé noir en cuir. Ces deux jambes sont sur le côté. Son bras s’appuie sur le dossier. Dois-je encore vous faire un dessin ?

Dans cette position, mes yeux ne savent plus quel parti prendre : la luxure ou la politesse. Elle s’amuse de ce trouble.

– Javier était terriblement yaloux dé savoir qué ye venais chez toi.

– Il devrait savoir pourtant que je ne couche jamais avec mes invités. En tout cas, jamais le premier soir.

– Ye loui est dit qu’il y a siempre oune excepcion a las reglas.

Elle me dit ça, deux de ces doigts sur ses lèvres avec un sourire que je lui rend immédiatement.

– J’espère que tu aimes les croquetas ?

– Yadore les croquetas. Pedro (Almodóvar) les adore aussi.

Nous éclatons de rire. Je me dirige vers la cuisine. Je sens son regard me suivre sur une partie indécente de mon corps alors qu’elle savoure son verre de vin encerclé par ses longs doigts fins marqués par un vernis à ongle rouge sang.

– Ay qué bueno !

Aaaaaah ce « Ay qué bueno ». Idem, vous le retrouverez dans toutes les bouches espagnolas dignes de ce nom. On démarre sur un petit « ay » qui part dans les aigus avec un zeste de rocaille due bien souvent à la fumée de cigarette et aux origines berbères-andalouses de ce peuple magnifique. C’est l’autorité mêlée à la féminité. On finit par un « bueno », aigu encore mais accentuée par une moue enfantine. La chica Almodóvar dans toute sa splendeur.

– Tonio, elles sont un peu grosses mais magnifiquement formées ces croquetas. A ver. Permiso ?

– Je t’en prie.

ATTENTION, slow motion !

Et vous m’écoutez ceci, encore, oh oui encore. Elle pose son verre de vin sur la table basse. Sa main libérée se dirige vers son chignon qu’elle défait. Elle libère ses cheveux en faisant un mouvement de la tête, à droite, puis à gauche, Olé ! Elle ne me quitte pas des yeux. Elle saisit une croqueta entre ses doigts vernis et la porte à sa bouche. Maladroitement, elle fait tomber un peu de béchamel sur sa cuisse. Elle s’essuie délicatement la bouche en me regardant. Timide. Provocante. Magnifico !

– Te ensuciaste nena¹.

Je m’approche et récupère la goutte de béchamel sur sa cuisse avec un de mes doigts que je mets en bouche avec une légère ponctuation sonore et gourmande. Elle me regarde. Je la regarde.

J’arrache ma chemise et me présente à elle torse nu. Elle enlève sa robe, dévoilant sa ligne de lingerie Agent Provocateur.

Nous nous levons tous les deux, debout sur nos canapés respectifs. Maintenant vous m’écoutez ceci.

Je saisis mes banderilles et les lui présente, mains en l’air, le corps en suspension afin de lui signifier qui est la bête ce soir et qui de nous deux partira victorieux. Un mouvement du bassin aura suffi, je lui plante symboliquement mes banderilles, elle se courbe en poussant un cri mais ne se laisse pas choir. Elle saute sur mon canapé. Je l’esquive avec grâce. Je me saisis de la housse orange de mon ancien piédestal et me dirige vers le tapis. Elle s’effondre cette fois en riant. J’ôte mon pantalon et suis nu derrière mon drap faisant office de cape de torero.

Je pousse un cri pour provoquer la bête.

– Venga !

Je fais un pas vers elle en agitant ma cape. Ma médaille tape sur mon torse viril et haletant.

– Venga !

Elle me regarde, ne sachant que faire d’un danseur ridicule. Soudain elle se lève et s’approche de moi sur un pas de flamenco.

Tac, tac, tac, la main en l’air, une pirouette, elle s’approche dangereusement. Je l’esquive. Un Olé retentit dans la cour qui se remplit peu à peu comme une arène. Je fais tourner ma cape autour de son corps virevoltant, mettant mon tatouage à nu l’espace de quelques secondes. Olé , dans la cour.

– Venga  !

Sa tête se penche en arrière. Son corps se courbe magnifiquement tenu par cette dentelle affriolante. Ses mains se saisissent de ma cape. Elle veut me l’arracher pour m’ôter ma dernière protection. Tour de passe, muleta, je me retrouve face à elle, son corps entièrement exposé au mien. Olé, dans la cour. C’est l’heure de l’estocade. Je la saisis par le bas du dos, cachant pudiquement ce geste fatale à notre assemblée devenue hystérique. Guapo, guapo, guapo !

J’embrasse ma médaille. Fais une prière en espagnol. Je me recule d’un demi pas pour prendre mon élan, retenu par ses mains sur mes hanches. Un silence de plomb dans la cour. Les battements de mon coeur tambourinent bruyamment dans mon crâne. Le glas de l’orchestre retentit. Il est temps. Elle attend.

Quelqu’un essaye d’entrer dans l’appartement et pousse avec difficulté la lourde porte d’entrée. La belle est de retour et m’aperçoit, nu, seul et ridicule, enroulé dans la housse de son canapé. Je la regarde. Elle me regarde. La foule dans la cour est à nouveau en délire. Guapa, guapa, guapa ! La petite blonde en face de moi vient d’une noble écurie, pleine de caractère et pétillante de vivacité. Ne surtout pas se laisser distraire par ce sourire ravageur. J’étends le drap entre elle et moi. Je lui souris d’un air provocant.

– Venga !

Je ne veux plus danser avec des chimères. Je suis, cette fois, véritablement nu au milieu de l’arène des badauds moqueurs. La danse sera belle et l’estocade jouissive.

Olé.

1 – Te ensuciaste nena : tu t’es tâché, bébé.  

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