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J’ai invité la chanteuse Camille sur un terrible malentendu.

Au hasard de mes navigations sur la toile, je tombe sur une vidéo. Non, tas d’esprits tordus, l’algorithme de YouPorn a très peu d’effets sur moi. Bien qu’en l’occurrence, il s’agissait d’une femme. Elle dansait sur un cube rouge immense et la magie d’After Effect rendait ses membres élastiques. Il s’agissait de Christine and the Queens (que je vous recommande d’écouter pendant la lecture de ce billet) et va savoir pourquoi, j’étais persuadé que c’était Camille et qu’au regard de l’émotion ressentie devant mon écran, je devais inviter la jeune femme. Fleur bleue devant un cube rouge…

Gentleman, je lui explique ma mégarde et me confonds en excuses au téléphone au moment de l’inviter. Je n’ai eu que pour réponse un long silence avant de raccrocher par un piteux et terrorisé « à demain peut-être ».

Il est 19h et je ne sais pas encore si elle viendra.

La peur au ventre m’a paralysé les mains et j’ai été incapable de lui préparer autre chose que des « raw tapas » : des aliments bruts, sans cuisson et 100% veggie. C’est ce qu’elle m’inspire : quelque chose de pure, nature mais néanmois complexe. Je lui ai préparé trois gazpachos différents. Un rouge de saison, un blanc et un vert, quelques légumes crus, radis, carottes, ya está. Je tombe comme toujours dans des lieux communs culinaires et je me sens pathétique au fond du canapé en cuir devenu immense.

On sonne.

J’ouvre.

C’est elle.

Elle me sourit en faisant un bruit bestial. Oui bestial comme elle a l’habitude de faire parfois sur les plateaux télé.

Quelque chose qui s’apparente au cochon. Dans le doute, je me concentre sur le sourire. Elle recommence mais cette fois en imitant un pigeon et en penchant la tête sur le côté, le tout ponctué d’un regard mi-attendri, mi-interrogateur.

Je ne peux m’empêcher d’éclater de rire. Elle pose sa main sur mon torse, non pas pour une caresse mais pour me pousser hors de l’embrasure de la porte. Elle entre brusquement en reniflant à l’intérieur de l’appartement et en regardant de toutes parts à la façon d’un chien cherchant sa balle. Elle repère très vite l’ampli près de la bibliothèque et court à quatre pattes pour y brancher son IPod. Elle fait quelques réglages, extrêmement agitée, en imitant cette fois le bruit d’un écureuil.

Je ris une nouvelle fois tout en lui proposant quelque chose à boire. Un jus de carottes au gingembre (oui c’est triste). Elle se retourne, à califourchon sur l’acoudoir du canapé en cuir en me jetant un regard colérique qui me coupe la chique. Elle a mis le morceau de Christine and the Queens incriminé et se précipite devant la fenêtre en escaladant la table basse renversant au passage mes verrines de gazpacho.

Souffle saccadé, voilà qu’il laisse deviner que tout se dessine

Elle exécute les premiers pas d’une danse, la même que sur la vidéo. Je n’en crois pas mes yeux.

De ma patience comme certitude, collée à trois fils, fils, fils

Elle me fait signe de la rejoindre. Mon cortex cérébral résiste mais mon bras exécute déjà une série de vagues et mes jambes me portent debout face à elle. Je suis ses mouvements comme devant un miroir.

Is my station ?

Je tente de reprendre mes esprits en lui posant une question et d’arrêter ses gestes en saisissant son poignet. Mais elle s’écarte brusquement et saute sur le lit en attrappant une de mes bouteilles de whisky. Ses membres sont élastiques.

Une poignée d’odeurs tenaces,

cette ville est morte je sais bien,

il faudrait que tu la portes loin alors que d’autres renoncent.

Elle jette ma bouteille contre le mur au-dessus du lit faisant tomber les cadres. Je me précipite sur elle pour l’arrêter, fou de rage.

Pour que l’orage s’annonce,

we are so lonely,

pour que l’orage s’annonce

Je veux la stopper à tout prix, l’étouffer, la sortir par la fenêtre s’il le faut.

J’attrape la couette pour m’en servir de filet. Son bras élastique me repousse en arrière mais je ne tombe pas du lit. Je reste comme en suspension. J’entends des éclats de verre. Je vois du gazpacho sur mes murs, les plumes de l’oreiller s’envole, je l’entends rire, hurler de rage puis pleurer, des morceaux de plancher éclatent près de mes oreilles, le miroir tombe, mes poings sont serrés, ses cheveux fouettent mon visage, une photo, puis deux, puis trois, celle que je voulais, j’entends le cuir noir se faire éventrer, où es-tu maintenant ? Ma tête touche lourdement le sol.

Lorsque j’ouvre les yeux, il fait jour à nouveau. Je suis torse nu, emmitouflé dans la couette, couché sur le tapis du salon. J’ai mal au crâne.

J’ai des plumes plein les cheveux, des bouts de verre sur les bras et une cicatrice sur la joue. L’appartement est dévasté. Je manque de me couper le pied sur un morceau du miroir en allant me faire un café. Je me penche à la fenêtre, allume une cigarette, le regard vide et ensoleillé sur les toits de Paris. Deux étudiantes dans une chambre d’hôtel en face se marrent en m’apercevant.

All I have, all I have is you

Mais ça c’est une autre chanson.

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3 réflexions sur “Mon dîner avec… Camille

  1. Ouh la la!!! Chaval tu es un cas grave avancé au stade delirium du gastrosexuel…
    Cela étant, à la première écoute de Saint Claude tut le monde pense à Camille, parecidos razonables. D’ailleurs,pourquoi tu ne lui as pas fait de tourtereaux?ah ah
    Besooos

    • Je risque de rester dans cet état de folie imaginaire un petit moment ! Un vrai bonheur (égoïste) d’écriture ! J’ai longtemps hésité à lui préparer quelque chose de plus élégant. Et finalement je suis resté sur une soirée colérique et bestiale 😉 ! Je passerais peut-être vendredi 😉 A très vite !

  2. Pingback: Mon dîner avec… Jocelyne | Ya Está by Tonio

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