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NB : ceci est la traduction française du billet publié suite à la mort du guitariste Paco de Lucía.

Je sais que tu t’en moques complètement. Mais permets moi tout de même quelques mots, en espagnol bien entendu, avec toutes les erreurs d’un jeune Français qui a appris ta langue en Andalousie.

Je sais que tu t’en moques complètement. Mais permets moi tout de même de te raconter un souvenir. J’étais un jeune adolescent et nous descendions en voiture avec mes parents vers ta côte natale. Nous sortions tout juste des embouteillages de Madrid quand ma mère décide d’écouter un ses morceaux préférés. Il s’agissait de l’Adagio enregistré avec l’orchestre d’Aranjuez. A ce moment là, nous avons une vue incroyable sur les vallées désertiques de La Mancha. Et à ce moment là précis, je savais que les vacances pouvaient commencer. Ce que je ne savais pas alors c’est que je vivais les premiers instants d’un nouvel amour. Un amour de gosse qui ne te quitte pas. Jamais. Ne me demande pas pourquoi. Ces choses ne s’expliquent pas. Et je crois qu’en tant que fils de ces mêmes terres, et malgré ta fuite sous les palmiers mexicains, tu peux le comprendre aussi. Nous arrivions en Andalousie, ta musique plein les oreilles, et crois-le ou non ce coup de foudre m’a définitivement attaché à la poussière des arènes andalouses.

Et maintenant ? Regarde, je suis en train de travailler sur le « duende », Grenade, sa folie , ses fantômes et dans deux semaines je m’envole pour brûler sous le même soleil que toi dans les Caraïbes, en buvant de la Tequila et pourquoi pas cette cocaïne que tu t’es sûrement enfilé avec Camarón. Je marcherai sur la plage avec tes notes de musique dans la tête, profitant de la vie et me moquant de tous ces imbéciles qui sont restés, qui ne bougent pas, de la même manière qu’en ce moment même tu dois être en train de te moquer de nous. C’est le luxe des génies et aujourd’hui des légendes.

Attends, écoute moi, il faut que tu saches ceci : dans les rues de Grenade, plus fort que le bruit de l’eau, c’est ta musique et nos cris de petits chiens fous que l’on entend, notre bonheur, notre indifférence à celles et ceux qui nous pèsent, des cris depuis une terrasse. Qu’en penses-tu ? Romantique n’est-ce pas ? Espèce de salaud au regard hautain, t’es parti alors.

Alors quoi maintenant ? Le mal s’est diffusé dans nos veines. Au Maroc, en France, en Espagne, au Brésil, en Argentine, en Inde, en Belgique, en Corée du Sud et que sais-je encore… dans les tripes de celles et ceux qui sont partis, celles et ceux qui sont entre dos aguas, et qui finalement ont la conviction et la volonté d’être inutile. C’est comme ça que l’on change le monde.

Passe le bonjour à Morente et à Camarón.

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