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C’est reparti ! A l’heure où le soleil pointe à nouveau le bout de son nez, où il est temps de retrouver les chaises longues, les terrasses le long du canal Saint Martin (hipster sors de ce corps) et la flânerie digestive qui s’impose après votre brunch dominicale, la presse anglo-saxone se réjouit du énième rapport sur la productivité du travailleur espagnol amputée par cette tradition « pulco citron » : la sieste. Les têtes pensantes des parlements européen et espagnol  ont réfléchi longtemps, très longtemps. Ils ont analysé des chiffres et ils ne comprennent toujours pas comment il est possible pour un Européen normalement constitué de dormir si peu la nuit, de travailler si tard le soir et de prendre autant de temps pour la pause déjeuner… et de continuer à faire de l’argent décemment.

Voici une journée type issue de mes souvenirs d’étudiant andalou :

9h, bon allez, 9h30 : desayuno à la maison : café con leche, napolitanas¹, tostadas².

10h : arrivée à la fac : café con leche, tostada con tomate.

12h30 : pause : café con leche, tostada de tomate.

14h : pause déjeuner. Comida en casa. Café negro y chocolat.

17h : reprise des cours.

21h : fin des cours. Cerveza. Primera tapa.

22h : Segunda… bon allez quarta tapa et donc quatrième verre de bière.

23h : cena en casa. Un petit film coupé toutes les 10min par de la publicité.

2h : dodo.

Vous remarquerez donc que la journée s’étale, elle s’étire comme une chandelle de yoga. Et vous avez aperçu ce trou immonde, ce gap de productivité entre 14h et 17h ? Scandaleux pour les technocrates ! Et pourtant… Je crois que je n’ai jamais été aussi heureusement productif qu’à Grenade. Pourquoi ? Parce que nous savons pertinemment que rien ne se passe entre 14h et 16h. Rien, nada parce que vous digérez mollement votre jambon-beurre avalé à toute vitesse, que vous luttez contre la torpeur provoquée par l’activité de vos enzymes en ébullition. Bien sûr vous y parvenez ! L’instinct de survi, l’oeil du patron et des collègues de l’open space qui veillent (qui luttent pourtant tout autant que vous) : tout cela vous effraie, la pression sociale maintient vos paupières palpitantes comme un petit coup de gégène inconscient. That’s the fucking soft power dude !

Alors vous rusez : pause café par-ci, pause clope par là, un coup de e-cigarette devant votre feed Facebook oh et tiens regarde cette vidéo, c’est marrant… Et au final, vous tenez, c’est bien champion mais vous rentrez chez vous à 18h épuisé de n’avoir rien fait. Ou pire vous veillez jusqu’à 23h parce votre concentration n’a pas dépassé celle du bigornot. Mais l’honneur est sauf, selon les experts, vous êtes plus productif que l’Espagnol moyen.

L'open space et l'art de faire semblant

Alors il est où le problème ! Assumons le rythme biologique de nos estomacs car c’est là que tout se passe. Et quand ce dernier vous commande de dormir, faites-le donc ! Affalez-vous sur votre bureau, installez un hamac dans votre espace de coworking, Prenez votre temps, couchez vous tard, buvez des coups en fin de journée, regardez votre série à la con jusqu’à des heures indues, ça vous fera au moins un peu de conversation le lendemain et surtout, surtout ne faites pas comme tous ces savants productifs qui attendent le samedi (et qui n’attendent que ça toute la semaine) pour se retourner la tête à grand frais avec d’autres technocrates en tout genre qui vont oublier l’ennui de leur productivité dans les toilettes en marbre des Champs-Elysées.

Le rythme à l’espagnole est au contraire la solution. Il n’y a pas à discuter. C’est en tout cas le meilleur moyen de rester vivant, en alerte dans votre boulot bien sûr mais aussi avec vos proches toute la semaine et pas seulement le week-end.

C’est une solution écologique : en période de grosse chaleur, pas besoin de mettre la clim à fond dans les bureaux aux heures les plus chaudes. C’est une solution économique : les pauses déjeuners sont plus longues et le fait de finir tard incite à boire un petit verre avant de rentrer à la maison : les restaurateurs se frottent les mains, c’est 10 fois plus efficace qu’une baisse de TVA. C’est une solution psychologique : prendre le temps de vivre pour finalement n’avoir besoin de travailler que 4h par jour. La qualité avant la quantité donc : réveillez-vous, faites la sieste !

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