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Javier Bardem dans le film « Jamón, Jamón » de Bigas Luna

C’est un billet intolérant et stigmatisant qui n’acceptera aucun commentaire. Un billet qui s’achèvera par un point final, une estocade, une mise à mort orgueilleuse en un seul mouvement de poignet. Vous pouvez me ressortir toutes vos références culinaires, votre patrimoine poussiéreux au fin fond de je ne sais quelle vallée consanguine, rien ne résistera à l’épreuve d’un palais un tant soi peu éduqué. Je tressaille à chaque fois que je circule dans le rayon charcuterie du supermarché et même devant la petite charcuterie du coin. Du jambon de « pays » (lol) ? Du jambon de « Parme » (rm : traduction de lol en italien ridere molto) ? Du jambon « corse » (le corse ne rigole pas) ?

Jouons d’abord avec la bête infâme, ce succédané de porc dont cette vermine se gausse à coup de bandas anisées et de danses folkloriques : le jambon de Bayonne. Cette espèce de masse mollassonne et grasse qui transpire la gélatine, cette cuisse de cochon paresseuse que même le couteau le mieux aiguisé ne parvient pas à sublimer en chiffonnade (à moins que vous considériez la chiffonnade comme un agrégat de miettes protéinées). Ce triste morceau de viande salée et pourtant fade que l’on est obligé d’agrémenter d’un morceau de melon, de tomates cerises ou autres parasites remplis d’eau et de fibre et que l’on retrouve sur toutes les tables estivales, lorsque notre estomac, entre le premier bain de la journée, la sieste et l’apéro se contente d’un taboulé ©Carrefour qui vous assèche les papilles. C’est bien cela. Ce « jambon » là, sans noblesse, est le symbole d’un terroir qui ne sait plus quoi inventer pour faire oublier au surfeur décérébré le snobisme et le mauvais caractère d’un peuple des montagnes qui a découvert la mer sur le tard ou vis versa et après tout qu’importe.

Le comble, c’est qu’il suffit de passer la frontière, faire quelques kilomètres pour garnir son coffre du seul et unique jambon, el Jamón, et pas le Serrano, mais l’Iberico. Et pas n’importe lequel, l’Iberico de bellota, c’est à dire issu du cochon qui a mangé des glands et pas de la farine animal.

C’est un jambon qui se déguste du bout des lèvre, un caviar qui nécessite toute votre attention et déjà une certaine prestance. Oui une prestance vestimentaire d’abord. Le port du pantalon taille très très très haute pour les hommes qui mettra en avant leurs hanches et leur port altier de torero. La petite robe noire moulante au décolleté vertigineux façon Penelope Cruz dans « Volver »pour vous mesdames.

penelope-cruz-volver

Penelope Cruz dans le film « Volver » de Pedro Almodóvar.

Messieurs à vous de jouer. Et puis non… Mesdames à votre tour, à vous de jouer le rôle de Maestra Cortadora de Jamón¹. Messieurs, installez-vous sur la canapé et admirez plutôt le geste. La belle andalouse saisit un long couteau tranchant du bout des doigts puis prend possession de l’outil par le manche un peu comme on tient… une raquette de tennis, l’index sur la partie supérieur du manche. Elle s’approche de la noble bête déjà entamée par vos soins. La partie tranchante du couteau effleure la chaire parsemée de fines tâches de gras. Elle saisit du bout des doigts le rectangle de jambon ainsi découpé. Vous vous approchez, langoureusement, le sourire canaille au coin des lèvres. Elle approche cette fine tranche de vos lèvres. Votre œil s’humidifie. Vous mordez et laissez fondre. Eclat adipeux de noisette, viande fondante. Vos sens s’affolent et vous ne pouvez plus détourner le regard des cuisses de votre partenaire sans faire une analogie bestiale avec ce que vous venez de manger. Elle a posé ses mains sur votre torse, satisfaite de son numéro de charme. Les vôtres ont encore le choix : vous resservir et vous délecter de l’oeil palpitant de la belle lorsqu’elle aura à son tour croquer dans ce que les montagnes andalouses ont de plus nobles ou, dans la confusion de vos sens, saisir et dévorer la belle car le canapé n’est pas très loin…

Soyez honnête deux minutes : vous imaginez une scène pareille avec du « jambon » de Bayonne ?

1- Maestra Cortadora de Jamón : textuellement, « maîtresse coupeuse de Jambon ». Avouez, ça vous fait rêver ? 

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