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Je vous ai déjà parlé de cet homme qui est passé à la Pépinière. Natif de la Mancha, « le pays de Don Quichote », il n’en revenait pas de voir une Tortilla qui ressemblait à celle de sa grand-mère. Je ne sais pas à ce jour si le plaisir du palais fut à la hauteur de la joie perçue dans ses yeux. Ses yeux justement. Plein d’une excitation enfantine quand il s’est précipité vers sa femme pour lui montrer la bête qui trônait dans la vitrine. Je revois aussi les yeux de Carmen, une de mes premières clientes qui s’extasiait elle aussi avec son petit accent espagnol de voir une Tortilla digne de celles que l’on trouve sur les tables des « abuelas¹ ». Et toujours cette même question emprunte de curiosité et de fascination : « C’est vous qui faites la Tortilla ?? ».

Oui c’est moi. Une réponse pleine de fierté et d’anxiété, normal lorsqu’on est confronté à des clients qui ne transigent pas sur leurs souvenirs d’enfance.

Oui c’est moi et finalement ce n’est pas si sorcier : il suffit d’avoir du temps, une bonne poêle et un coup de main.

Explications.

Vous trouverez difficilement en France une poêle spécialement dédiée à la Tortilla. Il vous faudra composer avec les moyens du bord et y mettre le prix. (Attention placement de produit). Personnellement, j’utilise une sauteuse Tefal anti-adhésive. Comptez tout de même 65 euros. Oui, ça fait mal, mais quand on aime…

Pour remplir cette poêle, il vous faudra 2,5kg de pommes-de-terre. Essayez de vous procurez une pomme-de-terre qui se tient à la cuisson comme l’Amandine (charmant prénom pour une patate, n’est-ce pas ?). Vous les épluchez (oui, les Amandines…) et les coupez en fines lamelles avant de les déposez dans la sauteuse dans laquelle vous avez préalablement chauffé 25cl d’huile d’olive (oui, de l’huile d’olive c’est important). Vous rajoutez trois oignons et trois gousses d’ail et faites cuire le tout entre 30 et 45 min à feu moyen jusqu’à la cuisson des pommes-de-terre (NB pour les nuls : vous goûtez et si ça croque, attendez encore un peu). Ensuite vous versez cette préparation dans 13 œufs que vous avez préalablement battus énergiquement. Oui 13. Pas un de plus, pas un de moins. J’ai longtemps oscillé entre 10 et 15. Je me suis arbitrairement arrêté à 13. Ceux qui me connaissent savent que je suis extrêmement superstitieux, ce qui m’empêche de marcher sous un échafaudage ou de m’approcher de tout ce qui ressemble de près ou de loin à une échelle. C’est pathétique et ça fait beaucoup rire mon entourage. J’en souffre mais j’y travaille je vous assure. 13 œufs donc parce que la chance doit être de votre côté, vous le comprendrez dans les étapes qui suivent.

Vous versez la préparation dans la sauteuse bien chaude. C’est maintenant qu’il va falloir mobiliser tous vos sens, votre doigté et votre savoir-faire. Fermer les yeux, respirez un grand coup, faites remonter en vous tous vos souvenirs d’Espagne. Prêts ? On y va. La phase critique c’est la première « vuelta », la première fois que vous retournez votre Tortilla dans la sauteuse. Assurez-vous que les bords soient cuits. N’hésitez pas à touiller un peu le mélange pour accélérer la cuisson de la préparation en évitant de faire bruler la première face.

Là. Vous sentez que c’est le moment. Aucun indicateur objectif pour cela. Vous êtes seul avec votre instinct de « tortillero² ». C’est une communication avec les patates et les œufs. Ils vous disent, dans un dernier râle de cuisson « Oui ! Vas-y ! Retournes-moi tonto³ !  »

Vous vous saisissez d’une assiette plate (d’un diamètre supérieur à celui de la sauteuse, hein, ne soyez pas plus bête que vous n’en avez l’air). Vous la posez sur la sauteuse et effectuez la « vuelta » au dessus de l’évier pour éviter d’en mettre partout en cas d’accident. Si votre instinct est le bon, vous devriez avoir dans l’assiette une Tortilla toute molle que vous déposez délicatement, DE-LI-CA-TE-MENT, dans la sauteuse.

Et là… le plus dur est fait. Vous répétez l’opération 4-5 fois afin de faire cuire la tortilla de manière homogène des deux côtés. Opération simplifiée car la Tortilla gagnera en fermeté au fur et à mesure.

Servir chaud ou froid. Mais nous reviendrons prochainement sur les différentes façons de déguster ce plat traditionnel et populaire de la gastronomie espagnole. Et surtout n’ayez crainte, l’instinct ça se travaille comme un muscle. Il y a de grandes chances pour que votre première Tortilla s’apparente plus à des œufs brouillés aux pommes-de-terre. Dans ces cas-là n’hésitez pas à vendre votre premier essai en « Tortilla déstructurée ». Les Français Parisiens adorent… Imbéciles.

1 – « abuelas » : ça signifie grand-mère en espagnol pour celles et ceux qui ont pris Allemand en LV1.
2- « Tortillero » : néologisme. Fabricant/expert en tortilla espagnole. En tapant le mot sur Google, vous découvrirez qu’il s’agit aussi d’une boîte pour garder au chaud les tortillas. Les Mexicaines : c’est pour cela qu’il y a un « t » minuscule. 
3- « Tonto » : petite insulte amicale très courante dans le langage fleuri andalou qui signifie « idiot ». Toujours pour celles et ceux qui ont fait l’erreur fondamentale de prendre Allemand en LV1.
 
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20 réflexions sur “C’est vous qui faites la Tortilla ?

  1. Ah la tortilla de toda la vida des Espagnols, j’ai mis quelques années à y arriver, darle la vuelta c’est une discipline olympique : c’était un peu le défi pour me sentir une vraie ama de casa 😉
    En attendant d’aller goûter la tienne (pas beaucoup dispo les week end) je t’invite à lire ce billet que j’ai publié à ce sujet il y a un bout de temps, ça devrait te parler : http://lafrancesaauxfourneaux.blogspot.fr/2012/02/tortilla-de-patata-tout-ce-que-vous.html

    • Merci Valérie pour le coment 😉
      Je vais regarder ça ce soir ! Et il faut absolument qu’on trouve un moment (en semaine !) pour un café : j’ai peut-être un truc à te proposer ;-). À partir du 18 novembre je vais être un peu plus dispo : on se tient au courant ! À très bientôt !

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