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Encore un ! Encore un blog « food » qui va vous assommer de recettes et autres bons plan dans la capitale, faire le chaud et le froid sur tel lieu, telle tendance… Encore un nanti du Nord-Est parisien qui n’a rien d’autre à faire que de donner son avis sur ce que d’autres mettent dans son assiette. Encore une fine bouche auto-proclamée qui essaiera de se faire inviter à toutes les bonnes tables du moment, avides de notoriété dans la web-ô-sphère.

Oui, oui, oui, Ya Esta by Tonio participe, les deux pieds dedans, à la surenchère d’informations, un onglet de plus dans vos favoris pour savoir où vous allez inviter votre belle ce week-end et comment vous allez la surprendre dans un lieu que personne ne connaît encore, « les meilleures tapas de Paris » dans un lieu atypique, avec un chef qui vous engueule quand vous ne finissez pas votre plat, « so typique », « so unique », « so, so, so, so what ? ». 

Certes, mais je m’insurge. La blogosphère food parisienne est un petit monde, un microcosme qui bruisse de belles rumeurs, indicateur de tendance d’un entre-soi urbain. Il faut faire avec et inviter tous ces blogeurs qui font la pluie et le beau temps à coup de foodporn sur instagram. En surface, c’est fun et décomplexé. Au fond, ça n’est qu’un cercle, un réseau de plus dans lequel on doit stratégiquement s’insérer au nom de la réputation numérique.

Amis restaurateurs, blogeurs, blogeuses, épiciers et autres travailleurs de bons petits plats ou d’évènements à tout va, ne m’invitez pas. Je ne vous servirai à rien. J’ai un peu plus de 400 amis sur Facebook, un compte Twitter moribond, quelques amis dans le journalisme, un corner tapas au Marché Saint Martin dans le 10ème arrondissement (31-33 rue du Château d’eau 75010 Paris) : ça ne vous servira à rien, vraiment. Je m’inviterai. Je viendrai de moi-même parce qu’un ami m’a parlé de vous, parce que nous nous sommes croisés au détour d’une balade photographique dans votre quartier, parce que votre sourire m’a plu, parce que votre enseigne m’a fait sourire, parce que vos produits m’ont rappelé cette Andalousie que j’aime tant.

Cela fait un peu plus de trois ans que je vis et travaille à Paris. Il y a quelques années, Daniel Prevost dans son spectacle, « Federico, l’Espagne et moi » me faisait une piqûre de rappel : oui la communauté espagnole, les réfugiés du franquisme, les républicains, les anarchistes, étaient bien présents à Paris. Certains ne sont jamais revenus dans l’Espagne démocratique, construisant la « communauté espagnole » dans la capitale.

Je me suis mis en tête de partir à leur recherche, savoir ce qu’ils sont devenus et retrouver à travers eux, les odeurs de poudres et d’huile d’olive, le langage fleurie sur les nationalismes de la Péninsule ibérique, les coups de point sur la table, les voix nasillardes qui surnagent souvent dans le métro parisien au-dessus des petits complots des chefaillons de services et des frustrations de notre douce France.

Comment faire ? En touchant au nerf de la guerre. L’argent ? Que no ! L’estomac pardi ! Un homme est passé à la boutique l’autre jour. Il était étonné de voir ma Tortilla, petit monstre de 7cm d’épaisseur et il me dit la chose suivante :

« C’est un espagnol qui a fait la Tortilla ? Parce qu’ici ils ne savant pas la faire ! Même les industriels espagnols ne savant pas faire la Tortilla. C’est le plat de ma grand-mère. Je suis né dans la Mancha, la patrie de Don Quichote ». Je lui sert une part de Tortilla. Il la sent et sourit : « Vous avez mis de l’oignon ».

Un acquiescement. Nous sommes d’accord. J’attends qu’il revienne et qu’il me dise ce qu’il en a pensé. Mesdames, Messieurs, Señoras, señores, venez, vous connaissez l’adresse maintenant. Nous avons des choses à nous dire, des souvenirs à partager et une bonne parole à professer. Les tapas, ce n’est pas un concept « fun », « food », « chic ». C’est un art de vivre, une évidence et la meilleure façon de s’attarder autour d’une table avec le hippie du coin et/ou la grand-mère endimanchée. C’est un plat de résistance, aux rumeurs sourdes, aux carcans, à la morosité quelque soit la saison. Ya Está. Et puis c’est tout.

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4 réflexions sur “Otra !

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